CHAPITRE PRK.MIËR
M. de Metternich. « Répétez bien à l'Empereur, dit le ministre en terminant, qu'il a tort de me croire son ennemi. Je ne réclame, pour mon compte, aucune mesure hostile contre lui. Je ne veux que la paix et les moyens assurés do ne pas la voir troublée de longtemps; mais, dans les cabinets étrangers, l'Empereur a des ennemis personnels, violents, qui veulent sa chute et le partage de la France. Ce sont MM. de Humboldt, de Stein, de Stadion, et, — et ici Metternich scandait les syllabes, — surtout le ministre anglais, lord Castlereagh (1). Quand il en est temps encore, que l'Empereur se décide! L'opinion se prononce contre lui en France. On est fatigué; qu'il ne donne pas à ses ennemis le temps de gagner plus de voix à leur opinion, en s'appuyant sur celle des Français qu'on s'efforce de représenter comme défavorable à l'Empereur... » De retour près de Napoléon, M. de Rumigny lui répéta les observations verbales qu'il était chargé de lui porter de la part du duc de Vicence, puis il lui conta sa conversation avec Metternich. L'Empereur l'écouta avec attention, sans répondre un mot. Il fit appeler un secrétaire, et, les mains derrière le dos, il dicta des instructions nouvelles pour M. de Caulaincourt. Mais ces instructions, comme toutes les précédentes, étaient vagues et ne donnaient pas exactement au destinataire les pouvoirs dont il avait besoin pour signer une paix honorable. M. de Rumigny, pénétré de la nécessité, dans l'intérêt de l'Empereur, d'entrer dans les idées de son chef, se permit, par deux fois, d'interrompre Napoléon, en lui faisanl observer que « ce n'était pas cela que demandait le duc « i « * Vicence ». L'Empereur le regardait sans colère et continuait
(1) « ... Lord Castlereagh, élève de M. Pitt, dont il se croit peut-être l'égal, n'en est tout au plus que le singe : il n'a cessé de poursuivre les [dans e1 les complots de son maître contre la France... J'ai eu ce lord Castlereagh en mon pouvoir. Il était occupa à intriguer à Châtillon, lorsque, dans un de nos succès momentanés, mes troupes dépassèrenl le congrès qui se trouva enveloppi'-. Le premier ministre anglais ^<j trouvail Bans caractère public el demeurai! en dehors du droit des gens. Il le sentit e1 se montrait dans la plus affreuse anxiété de Be trouver ainsi entre mes mains. Je lui Us dii Be tranquilliser, qu'il était libre. Je le fis pour moi, non pour lui. car, certes, je n'en attendais rien de bon.. Mémorial de Sainte-Hélène, t. VII.
de dicter. Alors, emporté par son dévouement, M. de Rumigny s'écria : « Sire, dussé-je encourir la défaveur de Votre Majesté, je dois, en fidèle et dévoué sujet, lui dire, qu'avec de pareilles instructions, le duc de Vicence ne pourra point faire avancer la négociation d'une manière favorable. Le temps presse. C'est .1 Votre Majesté elle-même que les puissances étrangères en veulent. Un reste de pudeur les retient encore; mais elles ne cherchent qu'un prétexte pour retirer le sceptre à l'Empereur. »
Le duc de Bassano, présent à cette scène, dit à ce moment à M. de Rumigny :
— « Silence! jeune homme. Sa Majesté Impériale sait ce qu'elle fait. »
— « Oui, sans doute, monsieur le duc; mais je parle ici en sujet dévoué. Que m'importe, à moi, en ce qui concerne mon intérêt particulier, le résultat de tout ceci?... J'ai un père auprès duquel je me retirerai, un oreiller sur lequel je pourrai reposer la tête. Mais l'Empereur, monsieur le duc, l'Empereur, ce n'est pas, je le répète, à sa seule puissance qu'on en veut, c'est à sa personne. »
— « Très bien, jeune homme, reprit le duc de Bassano; c'est un noble cœur qui vous porte à parler ainsi; ce sont de généreux sentiments que vous exprimez. Mais tout ceci. importune l'Empereur. Suivez-moi... »
Et le duc prit M. de Rumigny par le bras et sortit avec lui de l'appartement. Pendant tout ce temps-là, l'Empereur, sans témoigner d'impatience, ne dit pas un mot. Les instructions terminées — mais non pas comme les aurait désirées le duc de Vicence, — M. de Rumigny partit pour Châtillon. On sait le reste...
Du même M. de Rumigny, je tiens aussi qu'un projet de partage de la France a existé. La carte sur laquelle M. de Humboldt avait tracé, de sa main, le loi de chacun, fut remise à l'empereur Alexandre, qui l'approuva pas les projets du minisire prussien. L'empereur de Russie remil cette carte — pièce forl curieuse — au duc de Richelieu, en lui disanl : « Voilà