‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 16 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cher duc, ce que l'on voulait faiiv de votre belle patrie, si je ne m'y étais pas opposé. »

Quelque morcelée qu'ait été la France par les traités de 1814 qui lui ont onlevé tant et de si belles provinces, et qui n'ont pas fixé sa limite au Rhin, comme il eût été juste de le faire, c'est donc à l'empereur Alexandre que la France doit d'être restée une nation. Mais quelle folie était donc passée par la tête de M. de Humboldt et de ceux qui pensaient comme lui? Un pareil partage aurait eu une courte durée; la guerre eût recommencé bientôt. Guerre terrible!... Car les Français auraient alors combattu pour leur nationalité, et, depuis Lille jusqu'aux Pyrénées, depuis le cap Finistère (1) jusqu'à Strasbourg, il ne se fût pas trouvé un homme qui n'aurait, bientôt après, pris les armes pour secouer le joug de l'étranger. Et, il faut bien le reconnaître, si, dans l'opinion d'un grand nombre, quelque chose est nuisible à la famille des Bourbons pour sa consolidation en France, c'est d'y être revenue à la suite des baïonnettes étrangères. Or, cependant, les projets de partage de la France qui ont existé semblent démontrer que les puissances, en voulant renverser l'empereur Napoléon, n'avaient pas la pensée de le faire au profit de l'ancienne famille royale. Cetl o pensée vague et confuse de rétablir les Bourbons n'a pris corps dans la tête de l'empereur Alexandre que lors de la campagne de France. Ce qui me le fait croire, c'est le fait suivant que m'a conté le marquis de Bonnay. confident du roi Louis XVIII et grand ami de M. de Langeron, personnages qui, chacun de son côté, le lui ont dit.

Il arriva plusieurs fois, au cours de la campagne de France, que fies corps allemands et russes en vinrent aux mains, dans encontres de nuit, les Allemands prenant les Russes pour des Français et vice-versa. Souvent aussi, des paysans français, embusqués derrière des haies ou des maisons ei) ruines, tuaient des soldats étrangers ou faisaient prisonniers de petits détachements qu'ils conduisaient aux généraux français tenant la

(1) Le chevalier de Cussy veut dire ici ■• l'extrémité du département du

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campagne dans les environs. Cette dernière circonstance préoccupait surtout l'empereur Alexandre qui craignait que la guerre régulière ne dégénérât en guerre de guérillas, et que les étrangers ne fussent traqués en France comme nous l'avions éti en Espagne. L'empereur de Russie répétait souvent qu'il serait nécessaire de s'appuyer, du moins, sur une partie de la population, et qu'il faudrait trouver un moyen de connaître l'opinion publique. Le marquis de Langeron, émigré français au service de la Russie, parla alors des princes de la maison de Rourbon, disant que cette famille avait encore bien des amis et qu'il serait bon, en effet, de n'avancer en territoire français qu'en s'y créant un parti. Si l'empereur Alexandre ordonnait aux alliés de porter au bras gauche une écharpe blanche, ce signe de reconnaissance qui serait, à l'avenir, un obstacle à toute méprise entre les troupes alliées, aurait, en outre, l'avantage probable d'éveiller de vieux souvenirs et de connaître si la France conservait encore quelque désir de voir l'auguste famille de Rourbon remonter sur le trône de ses pères. L'empereur de Russie approuva l'adoption du brassard blanc pinposé par le marquis de Langeron.

Plus haut j'ai dit que les alliés défilèrent dans Paris ave< ce brassard. Le 30 mars, pendant qu'il attendait en parlementaire près de l'état-major prussien, Paul de Rourgoing (1) avait été frappé — il me l'a dit lui-même — d'entendre, si souvent et en si peu de temps, les officiers de Gneisenau parlei entre eux du « mouchoir blanc ».

(1) Voir plus haut.

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