‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 151 sur 205 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

cher parent, dont il vante la sainteté et la grande instruction, s'informe des évêchés vacants, s'assure de la non-opposition du ministre, et court chez le Premier Consul. Il rappelle à Bonaparte ses services, ses blessures, lui dit qu'il n'a jamais rien sollicité pour lui-même, mais qu'il vient demander l'évêché d'Agen pour son parent, homme superbe, renommé dans le « 1 orge pour sa sainteté et son savoir. Le général Jacoupy parvient à vaincre les quelques objections soulevées par Bonaparte, et il s'en va porter à l'abbé tout ému la formelle promesse de l'évêché d'Agen. L'abbé Jean Jacoupy fut, en effet, sacré évêque de ce diocèse, le 18 juillet 1802 (1).

Mirr Jacoupy a, naturellement, conservé une reconnaissance éternelle à Napoléon, et les habitants d'Agen se souviennent du Salvum fac Imperatorem nostrum Napoleonem, qu'il entonnait à plein et sonore organe, et qu'il terminait par un éclatant « Vive l'Empereur! » Si bien que, dans les premiers temps du retour des Bourbons, entraîné par l'habitude, Mgr Jacoupy, terminant le Salvum fac Regem, s'écriait, parfois, avec enthousiasme : « Vive l'Empereur! »; mais il s'en tirait, *n reprenant rapidement : « Non, non, mes amis « Vive l'Empereur! », sans doute, car je ne puis désirer sa mort; mais « Vive le Roi! » surtout... » Et, au milieu de l'hilarité générale qui se répandait dans le saint lieu, chacun entonnait : « Vive le Roi! », à la suite du bon évêque.

A l'époque où je séjournai àAgen, le conclave d'où est sorti le pape Léon XII était réuni. Je demandai, un jour, à Mgr Jacoupy, si un conclave a une durée déterminée, ou plus exactement, une durée maxima pendant laquelle l'élection papale doit être absolument faite : « Ma foi, mon cher ami, me inlit très franchement le bon évêque, vous êtes plus curieux sur ce point que je ne l'ai jamais été moi-même... Je vous avoue que je n'en Bais rien du tout, et, du reste, pour tous Les détails <1<- cette nature, 'y pourrai quasi vous répondre

Portalis ne fut nommé ministre des cultes qu'en juillet 1804; mais depuis l'année 1800, il était chargé de toutes les affaires du culte. H ce fut i réorganisa les cultes en France. [Note de l'éditeur.)

ainsi qu'un cardinal, auquel on adressait je ne sais quelle question sur les affaires de religion : Parlez-moi final parlez-moi guern : parlez-moi diplomatie, administration, histoire, géographie, philosophie, littérature; parlez-moi industrie, mécanique... Sur tous ces points, je pourrai disserter avec vous; mais, de grâce, ne me parlez pas religion, car j>' n'y entends rien. » Au reste, je m'empresse de le dire, Mgr Jacoupy tient dignement sa place sur le siège épiscopal d'Agen; et cette boutade, qui eût pu me choquer, venant d'un prélal inconnu, je la considérai, sortant de la bouche du bon el simple évêque, comme un témoignage de modestie.

Mme la duchesse d'Angoulême, qui ne peut pardonn-r au brave Mgr Jacoupy d'occuper un siège ayant apparlnn:. avant la Révolution, à son premier aumônier, l'a, dans toutes les circonstances où elle s'est trouvée avec lui. traité d'une façon peu bienveillante. Il y a quelques années, en passant par Agen, elle lui a exprimé, avec assez d'humeur et d'ironie, son étonnement, qu'il permît à ses diocépauvres de faire usage, pendant les premiers jours du Carême, de la graisse d'oie. La princesse s'imagine, sans doute, être plus ferrée que l'évêque bonapartiste sur les questions religieuses, car on dit qu'elle a riposté avec aigreur à l'observation qui lui était faite, que, dans la contrée, il ne se fabrique que peu de beurre, et que l'huile, denrée d'un prix relativement élevé, ne peut être couramment employée dans les cuisines pauvres.

J'entrepris bientôt la visite de nombreux parents que, du côté de ma grand'mère paternelle, née d'Agasson, je possède dans les départements du Lot-et-Garonne et du Gers. Tous me reçurent avec joie et bonté, et, s'étant imaginés, je ne sais pourquoi, que je suis un gourmet el surtout un grand amateur de crèmes, il se trouva que chaque cousine s'ingéniait

à me produire sem plat de crème, dont il fallait, de toute i s-

site, goûter et reprendre copieusement. V. chaque repas, c'étaient des assauts de générosité et de politesse, qui peuvent Be traduire par le dialogue suivant, toujours le même :

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