‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 160 sur 205 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

suspendue dans sa voiture, une image de saint Raphaël, patron des voyageurs. Jusqu'ici, le chevalier d'Acosta n'a versé que trois fois et ne s'est cassé qu'un bras!... Son secrétaire et son neveu, M. Tavira, m'a conté sur son oncle des anecdotes témoignant de la crédulité inouïe du chevalier.

Avant le chevalier d'Acosta, l'Espagne avait pour ministre, à Dresde, quelqu'un de fort distingué en toutes façons, le chevalier don Joachim Campuzanno, qui avait continué ses fonctions sous les Cortès et que le gouvernement royal destitua. Don Joachim Campuzanno, qui est aimé du roi Ferdinand VII, dont il a été le secrétaire, n'est pas sans quelque espérance d'être employé de nouveau. Avant do retourner définitivement en Espagne, il épousa une fort jolie demoiselle d'honneur de la Cour de Saxe, Mlle Emma de B...ka (1), fille de la grande maîtresse des cérémonies de la Reine (2).

Dans le cours de l'année 1825, le chevalier d'Acosta, ce minus habens, s'il en fut, fut remplacé par M. de Zéa y Bermudès. Celui-ci rechercha beaucoup la légation de France, dès son installation; il se lia avec M. de Rumigny et me témoigna une grande confiance. Sa femme aussi montra de l'empressement à nous recevoir. Mme de Zéa y Bermudès est excellente musicienne et chante agréablement, et les réunions qui se tiennent dans son salon comptent pour les plus charmantes de Dresde, mais elle est certainement la femme la plus grasse que j'ai jamais vue. Grasse, elle l'est à ce point que ses bracelets et ses colliers disparaissent dans les chairs qui s'arrondissent en bourrelets par-dessus ses parures, et que, assise, elle n'a plus de genoux, tant son embonpoint les surplombe.

Comme je contais, un jour, à M. de Zéa y Bermudès, la façon odieuse dont M. de Chateaubriand a été renvoyé du

(1) Le corps de ce nom est illisible dans le manuscrit du chevalier de Cussy. (Note de V éditeur.)

(2) Campuzanno, devenu comte, a été depuis ambassadeur d'Espagne à Vienne, puis à Paris, où je l'ai revu en 1837. Il est sénateur du royaume (Note de 1843.)

ministère eD L824 (6 juin), d'après Le récit que m'en a fait le du< de Rauzan (1). Le chargé d'affaires d'Espagne m*- dil ave< Le plus grand calme : « Eh! mon cher Cussy, ce n'esl pas La première fois qu'il arrive à un prince de la famille des

Bourbons de quitter, avec un air de confiance et de bienveillance, un minisire qu'il a l'intention de destituer peu d'heures après i u qu'il a même destitué déjà!... Ceci m'esl arrivé, à moi qui vous parle... Lorsque j'étais à la tête du

ministère espagnol, le roi Ferdinand VII me témoignait beaucoup d'amitié et de confiance. Un jour, à la sortie du Conseil, je quitte Le Roi qui vient de nie charger pour le lendemain de divers travaux, et, en rentrant chez moi, je trouve, installé dans mon cabinet, bouleversé de fond en comble, le duc de l'Infantado. Celui-ci était muni d'un ordre signé de Sa Majesté Catholique, et, depuis une grande heure, ouvrait et fouillait tous mes cartons et armoires... Vous trouvez cela atroce?... C'est que vous êtes jeune, Cussy!... En politique, voyez-vous, il faut avoir de la philosophie, et une bonne dose... »

M. de Zéa y Bermudès m'a dit que c'est vraiment un très grand malheur pour l'Espagne que le roi Ferdinand VI I n'aii pas d'enfants, car, selon lui, on ne peut prévoir les calamités qui fondront sur ce pays si jamais l'infant don Carloappelé à monter sur Le trône. Il m'a dit que ce prince, homme - aucune capacité et d'une faiblesse déplorable de caractère, est le jouet des jésuites, qui lui font croire qu'il dirige le parti des Apostoliques. Le jour où il deviendrait Roi, ce serait le retour aux excès religieux de l'Inquisition.

Prusse. — L ministre esl cel ancien homme de confia du prince de Hardenberg, ce M. di Jordan qui croyail prendre la -accession du chancelier el se vit supplanté par Le comti de Bernstorff. C'esl un homme d'espril el de savoir, gai el amusant par ses récits anecdotiques, mais d'une vulgarité de m. miel. - q ii passe la permission. Il déteste La Franci el

(1) Voir plus loin, chap. xix, le récil d( cette affaire.

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