‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 161 sur 205 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

les Français; j'en ai su quelque chose lors de la brutale expulsion du professeur Cousin. Sa femme est une excellente personne, fort admiratrice de son mari dont, par affection peutêtre, elle a adopté les manières communes.

M. de Jordan a pour secrétaire le jeune comte de Lottum, aussi distingué que lui l'est peu.

Hesse-Cassel. — Le peu que j'en dirai est que le chargé 'd'affaires est un brave colonel, aussi effacé que le pays qu'il représente, s'appelant de Steuber, et dont la femme, fort laide, est une fille naturelle de l'Electeur, son maître.

Autriche. — Ici commande le comte Antoine de Palffy, aimable homme, sans beaucoup d'instruction ni grande portée d'esprit. Sa femme, uée comtesse Léopoldine de Kaunitz, est une grande, jolie et délicieuse femme, sympathique à tous. Son caractère fort gai est parfois attristé par le chagrin que lui cause son père, le comte de Kaunitz, cet ancien ambassadeur d'Autriche à Rome, homme si vicieux qu'il a été exilé. On le rencontre fréquemment à Paris où il vit crapuleusement, traînant dans la boue un grand nom.

La maison du comte de Palffy est une des plus agréables de Dresde et j'y passe le plus de soirées qu'il m'est possible.

La légation d'Autriche compte plusieurs secrétaires. C'est de tradition qu'elle sert de début dans la carrière à de jeunes ministres d'illustres familles. M. d'Emmeric, premier secrétaire, grand travailleur, dirige de fait cette légation qu'il ne quittera probablement jamais, et a comme collaborateurs, de nom : le jeune comte Allegri, de Venise, chambellan de l'empereur François, homme d'esprit, distingué extrêmement, mais trop satisfait de sa jolie personne; puis le comte de Moncenigo, de la célèbre famille de ce nom, aimable homme, quelque peu hâbleur et visant un peu trop au rôle de don Juan.

Danemark. — Le chargé d'affaires est M. de Bergh, diplomate capable, homme agréable et distingué, mais joueur, ce qui lui fait délaisser la mignonne et infiniment gra< Mme de Bergh. Celle-ci, fort courtisé) par les jeunes comtes

de Lottum, de Moncenigo, e( bien d'autres soupirante, a d'autant plus de mérite à être fidèle à son mari.

En Saxo, la femme d'un secrétaire de légation ou «l'un chargé d'affaires n'est point « présentée » à la famille royale, mais !" charme de Mme de Bergh est tel que cettr interdiction ;i été levée pour elle, et sa présentation servira de précédenl qu'on invoquera dans l'occasion. Au concert de Cour qui a eu lieu cette année (1826), le jour delà seconde fête de Pâques, Mme de Bergh a donc été invitée à la Cour et présentée. Son mari avait un air triomphant. e\ elle, la jolie et mignonne femme, semblait, il faut bien le dire, grandie de 3 pouces.

Russie. — Depuis fort longtemps, le lieutenant-général de Canicoff remplit les fonctions de ministre. Ce vieux célibataire, spirituel et galant, façonne sans difficulté de jolis v. ps français et tâche de rester jeune le plus longtemps possible. Agréable maison qui, avec l'aide de son aimable secrétaire, M. Barclay de Tolly, est tenue sur un grand pied et où se donnent fréquemment d'excellents dîners et des fêtes somptu< uses.

N'ayant plus rien d'intéressant à noter sur le personnel des légations de Dresde, j'arrêterai ici ma revue du corps diplomatique, me réservant d'y revenir à l'occasion.

Tous les dimanches, après la messe, le corps diplomatique se rend dans les appartements royaux, pour faire sa cour à Sa Majesté Saxonne. Toutes les personnes « présentées » — les hommes seulement — assistent à cette espèce de « lever ». Le Roi entre, accompagné de la Reine et de la princesse royale. Ces illustres personnages font le tour de l'appartement, parlant à chacun, ou, tout au moins, au plus grand nombre, mais toujours, selon l'étiquette, à tous les membres des légations. Lorsque le cercle du Roi est terminé, tout le monde se rend dans les appartements du prince Antoine où arrivent également les autres princes et princesses de la famille royale. Cette double cérémonie dominicale est, je l'avoue, un peu longue et beaucoup plus honorable qu'agréable; aussi n'assis |,t-on, en général, que tous les quinze jours au cercle du prince

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