CHAPITRE XVI
Antoine. M. de Rumigny se dispense sous tous les prétextes de cette honorable corvée, qui retombe alors sur moi. Je vais donc chaque dimanche au cercle du Roi, et la pauvre Majesté est bien ennuyée quand elle passe devant le représentant de la France, étant obligée, d'après l'étiquette, de lui adresser la parole. En conséquence de la froideur qu'affecte Frédéric- Auguste pour les membres de notre légation, les propos qu'il nous tient, par force, sont d'une banalité désolante. L'hiver dernier, ses questions étaient toujours les suivantes : « Ne souffrez-vous pas trop du froid, monsieur le chevalier?... Comment se porte Mme de Cussy?... » Et le vieux Roi passait, sans attendre mes réponses et sans s'être jamais rappelé à propos que je suis célibataire.
Ces réceptions des dimanches ne sont régulières qu'en hiver. Heureusement!... Toutefois, pendant l'été, le cercle du Roi a lieu, lorsqu'il revient de son château de Pilnitz, jolie bonbonnière, bâtie sur l'Elbe et située à quelques lieues seulement de Dresde.
Passons maintenant aux ministres saxons de l'intérieur et de l'extérieur, avec lesquels j'ai eu des relations suivies.
Le comte Detlev d'Einsiedel, premier ministre, sous le titre de ministre du Cabinet, a sous sa direction spéciale l'intérieur et les affaires extérieures. Ce personnage, auquel Frédéric- Auguste donne toute sa confiance, est Roi, tout autant, et même plus que son maître. Il ne manque pas d'habileté, mais sa politique le place à la remorque de la Prusse et ses intérêts privés le maintiennent dans cette voie : il est, en effet, propriétaire d'importantes usines, se trouvant mi-partie sur le territoire saxon et sur le territoire prussien, et a obtenu de la Prusse de grandes facilités pour leur exploitation. Le comte d'Einsiedel qui n'affectionne point les membres de notre légation, ce que nous lui rendons bien, n'est pas aimé de ses compatriotes, et je doute que, sous un autre Roi, il puisse se maintenir au pouvoir (1).
(1) Je ne croyais pas être si bon prophète. A son avènement, en 1827, le roi Antoine a confié toutes les affaires au comte d'Einsiedel; mais, deux
Sous les ordres du comte Detlev d'Einsiedel, se trouve placé, 'H qualité de sous-secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, le général-major de Minckwitz, conseiller privé et aide de camp général du Roi. C'est mi homme bon, agréable et de manières distinguées, mais de capacités médiocres. Je le connaissais déjà beaucoup pour l'avoir fréquent Berlin, où il a été ministre de Saxe. La baronne de Minckwitz. sa femme, était une délicieuse et aimable personne qu'une maladie cruelle a enlevée il y a peu de temps.
Le département des finances est administré par le baron de Manteuffel, homme de bien, de capacité et de savoir, d'une grande modestie et d'une douceur de mœurs remarquable. Sa femme, tout à fait charmante, est une Française. Mlle Acier; n'étant pas issue de famille noble, elle n'est pas admise à la Cour, ce que l'on doit regretter.
Le maréchal de la Diète saxonne est le comte de Bunau, dont les idées sont libérales, en tant qu'il ne s'agit pas de la Saxe, dans le gouvernement de laquelle il ne veut aucun changement. Homme tout à fait comme il faut, de bon ton et de bonne compagnie, de beaucoup de savoir et de relations agréables. Il a épousé Mme de Witzthum, dont les deux fils — l'un,
..iinbellan, l'autre, maréchal de la Cour — sont distingués ei fort riches. Le chambellan, le jeune comte Otto de Witzthum, a une véritable célébrité comme soins de toilette : chaque fois qu'il s'habille, il chiffonne et rejette, dit-on, douze ou quinze cravates avant d'être satisfait du nœud.
Parmi les ministres du roi de Saxe à l'étranger, je nommerai le baron d'Uchtritz, ministre à Paris, chez lequel j';ii diné plusieurs fois. Le baron d'Uchtritz parle le français, sans faire jamais une seule faute de grammaire, mais il a une façon particulière de prononcer notre langue, substituant les t aux d, les p aux b, les g aux c. Je l'ai entendu, par exemple, offrir au prince de Tallcyrand du vin <le macère, et le vieux diplomate, comprenant ma terre, crut qu'on lui présentait un cru des
ans après, une opposition formidable B'est manifestée contrv cr ministre >i qui le roi lui-i obligé de demander aa démission. {Naît d> :