‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 164 sur 205 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

autres charmantes jeunes femmes. D'abord la sœur de la baronne, gaie, spirituelle, s'exprimant bien en français, mais le prononçant" fort comiquement en chantant, car cette jeune Anglaise, pas trop prude pour une fille de son pays, chante et joue de la harpe, aussi bien qu'une Anglaise peut jouer d'un instrument et chanter. Cette charmante Sophie aimait beaucoup à montrer ses jolies dents et cultivait volontiers les pioutites flairtetions. Son joli physique, son charmant caractère et le lùsser-aller des pioutites flairtetions séduisirent le bon baron de Biell, gentilhomme mecklembourgeois, vivant à I Iresde, homme instruit et distingué, et aimant à ce point sa femme, la jolie Sophie, que quinze jours après son mariage, on l'eût pris, lui qui n'avait jamais mis les pieds en Angleterre, pour un gentleman de la bizarre Albion. Puis, la belle-sœur du baron de Maltzahn, la baronne Amélie de Maltzahn-Plessen, jeune et jolie veuve, personne pas du tout prude, séduisante coquette, entendant fort bien les plaisanteries et les galanteries de société. Nombreuse est la cour des adorateurs de la gracieuse baronne, qui voit à ses pieds Gustave de Montebello, le comte de Lottum, mon collègue de Prusse, Tavira, mon collègue d'Espagne, le beau Moncenigo, et surtout le comte Zawadowsky, richissime Polonais de l'ancienne Pologne, dépensant à Dresde, et gaiment, beaucoup d'argent.

Dans l'accueillante maison des Maltzahn, j'ai connu intimement et suis resté fort lié avec le général russe de Schœpping. qui voyage à l'étranger pour sa santé et celle de sa femme et fait partie, lui aussi, de l'essaim des adorateurs de la baronne Amélie. En 1825, nous organisâmes, Schœpping et moi, des cours d'histoire chez le professeur Haas, qui parle fort bien le français. Ces cours d'histoire avaient lieu deux fois par semaine et étaient régulièrement suivis parles membres de notre petil cercle intime : les Rumigny, les Palffy, les de Bergh, la duchesse d'Esclignac, les Witzthum, le vieux général Kniasewicz e1 le général de Canicoff.

Le général de Canicolï. ministre de Russie, ;iiiue beaucoup tout ce qui touche à la France. Il manie si bieu la poésie fran-

aise, qu'il lui est arrivé plusieurs fois, sur le désir exprimé par le tsar Alexandre lui-même, d'écrire el d'adresser directement à son souverain des rapports e1 dépêches eii vers français. Il nous donnait fréquemment d'excellents el gais dîners, auxquels le pauvre homme ne pouvait prendre pari qu'en retirant de sa bouche un râtelier complet, qu'en passanl à table il faisait glisser dans sa poche, fort lestement, mais cependant sans s'en cacher, car, aux convives non initiés, il • lisait lr plus simplement du monde : « Il m'empêche de manger; j»' ne le mets que pour la bonne grâce; en sortant de table, je le remettrai... » Pour les honneurs de sa table, il se faisait généralement aider par Mme de YYessnig, femme d'esprit, mais fort sur le retour et prisant sans arrêter, et forl proprement, du tabac de macouba. Elle est fille du grand peintre ■Casanova et nièce de l'ami du marquis d'Argens et de Cagliostro, l'aventurier Jean-Jacques Casanova, auteur de mémoires curieux, amusants, mais fort lestes, vicieux personnage qui se vantait d'avoir été l'amant de trois mille femmes. M. de Wessnig, le mari, est un vieux chambellan du roi de Saxe. C'est du pavillon d'un jardin appartenant à M. de Wessnig que l'empereur Napoléon a dirigé la bataille de Dresde, cette immense victoire dont la trahison de Leipzig lui a fait perdre tout le fruit.

Une des personnes que j'ai le plus connues à Dresde esl le comte de Salmour. Ce vieillard, instruit, spirituel, aimable, quelque peu sarcastique, e1 ressemblant beaucoup, sous tous les rapports, au comte Hugo de Hatzfeld, de Berlin, a longtemps habité la France avant la Révolution, et était, je crois, ministre de l'Electeur de Saxe près de Louis XVI. Il m'a raconté diverses anecdotes, tant sur la Cour de Saxe que sur la Cour de France, et, parmi ces dernières, il s'en est trouvé bon nombre que je connaissais déjà par le marquis de Bonnay. Quelques-unes, cependant, étaient nouvelles pour moi.

Le défunt marquis et le comte de Salmour assistaient un soir chez le duc de Castries a un grand dîner, pendanl lequel il fut question des riches boucles de souliers, à la Chartres \

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