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CHAPITRE XVII

fort longtemps, un journal de sa vie militaire et de l'histoire militaire de notre siècle. A la suite de nombreuses questions sur les événements qui ont précédé ou accompagné la bataille de Dresde, le général de Gersdorfî qui, chef de l'état-major de l'armée saxonne, se trouvait continuellement avec l'Empereur, lequel lui témoignait beaucoup de confiance, a bien voulu me proposer de me prêter les feuillets de son journal consacrés à ces événements, m'autorisant à prendre pour moi seul les notes que je jugerais à propos. J'ai accepté avec grande reconnaissance l'aimable proposition d'un militaire aussi distingué (1).

Tout d'abord, les documents que m'a montrés le général de Gersdorfî m'ont fixé sur un point capital : l'effectif de ce qu'on a pompeusement appelé « l'armée » saxonne au service de Napoléon, en 1813. Ce contingent a fourni 16,000 hommes» dont la moitié seulement a concouru aux opérations de la campagne (2). Je crois que, généralement, on a attribué des chiffres plus élevés à ce contingent.

(1) Quand, dernièrement, j'ai quitté Dresde pour revenir à Paris, l-i général Gersdorfî publiait un ouvrage militaire intitulé : Leçons sur des sujets militaires. (Note de Vauteur.)

(2) Extrait .le l'effectif des troupes saxonnes à la date du 25 mai 1813, signé par le lieutenant-général de Gersdorfî, chef d'état-major général de Parme.

Etat-major .... 8 \

A) Troupes faisant partie du 7e corps de la \ Génie 90 I

Grande Armée et du corps de cavalerie du gé- i Artillerie 654 J> .. 8.614

néral Latour-Maubourg / Infanterie 5 425

Cavalerie 3 431

/ Etat-major 6

B) Troupes en garnison à Torgau et à Eilen- 1 Génie 91

bourg (y compris 1,300 malades) i Artillerie 772

' Infanterie 4 089 )

! Artillerie 11 1

O) Troupes en garnison à Dresde . . ) Infanterie 775 J . 886

( Cavalerie 100 )

D) Troupes détachées à Schmiedefeld ' ^rtlI'ene ^2 ! 57

I Cavalerie 25 )

E) Dépôts de cavalerie 485

! Etat-major 4 l

Artillerie 151 j ■

iniantene 470 > . LU

Cavalerie 344 \

Ambulances. . . . 182 '

O) En garnison à Glogau et Danzig Artillerie 280 280

Total .,>>' ; u 10 437

Voici quelques extraits du Journal militaire du général do Gersdorff, que je commence au 1" aoûi L813, pendanl !»• con« de Prague et l'armistice de Plaswitz (1).

10 août. — Célébration avancée du jour de naissance de l'Em-

-. Grand enthousiasme.

il anùt. — L'Empereur me fait appeler à 9 heures <ii: matin: « Eh bien! nous aurons la guerre: l'Autriche se déclai contre

moi. a Tels furent les premiers mots de l'Emperi ur.

Je n'avais jamais vu l'Empereur aussi inquiel ni auss ibsorbé qu'aujourd'hui: se promenant les mains derrière le dos, pensif» le regard triste, ni fâché, ni emporté dans ses manières. Attendant rarement une réponse, il a conduit la conversation d'une manière brève (ini n'est pas étrangère à ceux qui sont habitués àse trouver auprès de lui. Appréciant la conduite des alliés, antérieurement et actuellement, à son égard, il manifestait du mépris pour» elle que tenait l'empereur d'Autriche :

Il ne saurait être pour moi. Je ne le voulais même pas, mais il devait rester neutre. Je lui aurais donné une partie de mes con quêtes légales : la Silésie, pour laquelle ses ancêtres se sont battus pendant onze ans. Cette acquisition eût donné une gloire éternelle à son règne... Au reste, il n'agit pas comme il le désire. Metternich l'a entraîné. Mon beau-père n'aime pas la Russie; la Prusse ne l'aime pas non plus... Jamais je n'aurais cru que l'Autriche se serait déclarée sérieusement contre moi. On me l'a dit toutefois, je ne le croyais pas. Vous-même m'en avez parlé : je pens lis que vous étiez sous l'influence de l'opinion générale.

— Lorsque j'osai parler à Votre Majesté de l'opinion générale, il me paraissait impossible que l'empereur François el ses conseillers pussent ne pas y céder.

— Vous avez eu raison. Cependant, cette conduite est contre la nature... Bah! une fois qu'ils auront été bien battus, ils tourneront bride. »

Ici l'Empereur se laissa all<T à des épanchements lié- intimes, dont le général de Gersdorff fui si touché, qu'il regarde comme un devoir de ne pas l<s confier au papiei .

Puis, s'interrompant tout à coup :

— « Que fera le Roi? dit l'Empereur. »

— « Mes vœux sont pour que le Roi s'enferme à Koe tigstein; mais Sa Majesté ne partage pas mes idées sur ce point.

(1) î juin au 12 août 1813.

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