CHAPITRE XVII
Nous fîmes part à l'Empereur de toutes les dispositions que nous avions reconnues; il était 3 heures et 10 minutes. « Eh bien! A cheval! » Telle fut la seule et courte réponse de l'Empereur. Peu après, il était auprès du pont. Il m'envoya chez le Roi, et donna des ordres multipliés à ses aides de camp...
Il fit venir les troupes qui étaient sur la route de Bautzen; il ne laissa aucun régiment défiler par le pont, sans lui adresser quelques paroles auxquelles les soldats répondaient avec joie, et souvent d'une manière plaisante, oubliant qu'ils succombaient à la fatigue, tant le grand homme règne sur le cœur de ses soldats!
La position de Loëbdau — que l'Empereur nommait toujours « le village », ne pouvant bien prononcer ce nom — était ce qui l'intéressait le plus. Il voulait jeter ainsi l'ennemi sur l'un ou l'autre côté de la vallée de Plauen et assurer sa droite; il reconnaissait que c'était le point le plus faible de l'ennemi...
L'Empereur a commandé avec une tranquillité que peut seule donner la certitude du succès : « Si nos ennemis, a-t-il dit à table ce matin, ont commencé et agi d'abord avec conséquence, ils sortent déjà de leur rôle ici. Car, s'ils m'attaquent, cela peut leur coûter toute la campagne. »
Le combat dura avec acharnement jusqu'après 6 heurts; toutefois, sans décision importante. Quelques bombes ont mis le feu sur divers points de la ville.
Les colonnes étaient serrées en masse contre les barrières, quand l'Empereur ordonna au maréchal Mortier de déboucher par la barrière de Ziegel et celle de Pilnitz, et d'attaquer l'aile droite de l'ennemi.
Le roi de Naples agit de même contre l'aile gauche, avec deux divisions de la garde et de la cavalerie.
Le maréchal fut plus heureux dans ses progrès que le roi Murât. Tous deux trouvèrent une résistance opiniâtre.
La canonnade ne cessa qu'avec le jour.
L'Empereur fit encore à cheval le tour de la ville; un de ses officiers d'ordonnance a été mortellement blessé près de lui... Il était 10 heures du soir quand il mit pied à terre au château; et il se rendit immédiatement chez le Roi, auprès duquel la famille royale était encore réunie.
J'avais, pendant ce temps, été diriger les travaux pour éteindre les incendies. Je revins au château rendre compte de ce qui s'était passé. L'Empereur était gai: « lisse retireront cette nuit, dit-il; j'en ai la conviction. Je me meitrai à leurs trousses, et je serai en Bohême avant eux... Vandamme doit ;iv<>ir passé l'Elbe ;ï Kcenigstein avec le 1er corps... Je me dirigerai sur Prague... Gers-
dorff, je vous prends avec moi, afin de vous envoyer il-' là auprès du Roi; mais dites-moi tout ce que vous avez remarqué ».
Je répétai d'une manière concise tout ce qui était de nature à l'intéresser...
Pendant l'affaire d'aujourd'hui, Victor el Latour-Maubourg ont commande la jeune garde, smis les ordres du nu Murât. Marmont, avec la vieille garde, était au centre. Puis, entre lui et l'aile gauche, i t.ut Saint-Cyr. L'aile gauche était conduite par Mortier, ayant sous ses ordres une partie de la jeune garde et la cavalerie de la garde commandée par Nansouty.
A la nuit tombante, le 'H> août, les alliés abandonnaient : terrain couvert de morts et de blessés; ils nous laissaient plus de 2.000 prisonniers et se retiraient sur les collines environnantes. L'éclatant succès du lendemain allait compléter l'œuvre de la première journée de Dresde.
27 août. — Je racontai ce matin à PEmpereur ce que j'avais observé du haut de la tour. Berthier qui entra, confirma ce que je venais de dire, et l'Empereur parut fort surpris que l'ennemi ne se fût pas retiré.
— Je crois, dit-il, que les souverains ont commis une folie en restant ici. Le roi de Xaples m'a fait dire qu'il a encore des Autrichiens au cul; cela leur coûtera cher! Le Roi leur rompra le cou
s les précipices de Plauen... Qu'avez-vous entendu dire des troupes des environs de Berlin?
— Rien d'officiel, Sire, mais on dit que le 7e corps a été battu.
— Ils le sont tous; mais silence là-dessus! Il faut réparer cela ici, et je pense pouvoir le faire. »
En reparlant de l'aile gauche, l'Empereur parut douter que l'ennemi eût si peu d'artillerie sur ce point: « Eh bien, dit-il, allons le voir! A cheval! » Il gagna la hauteur avec Gaulaincourt et moi seulement; le reste de sa suite demeura en arrière.
La contrée état couverte de brouillard; la pluie tombait à verse. L'Empereur me fit plusieurs questions sur la gorge de Plauen.
On alluma un grand feu. L'Empereur mit pied à terre.
Ce ne fut qu'à 7 heures que le feu devint vif et nourri des deux côtés. On pouvait juger, par le bruit du canon, que le roi de Xaples faisait des progrès. A 10 heures, un aide de camp du roi Murât vint annoncer que l'ennemi ne défendait que quelques villages, et que sa route sur Freyberg était coupée.
L'Empereur m'envoya porter cette nouvelle au Roi. « Dites lui que je me rends à l'instant vers l'aile droite pour y commander