‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 173 sur 205 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ce qui est nécessaire; qu'il peut regarder l'ennemi comme battu, et qu'il ne se défend plus que pour protéger sa retraite. »

Toutefois, les alliés combattirent avec acharnement... Les attaques du centre n'étaient que feintes. Le maréchal Mortier avançait, mais au milieu des plus grandes difficultés. Je voyais tout du haut de la tour... Mortier maintenait la route de Pirna et pénétra jusqu'à Leobau, le terrain lui étant vigoureusement disputé...

Vers une heure, je reçus l'avis que Vandamme avait passé l'Elbe. Je revins auprès de l'Empereur, qui était retourné au feu. Il m'envoya près du Roi, et, de nouveau, à la tour.

Peu après, un officier d'ordonnance de l'Empereur vint annoncer, au Roi que l'aile gauche de l'ennemi était culbutée, que deux généraux et 20,000 hommes, ainsi qu'une grande quantité de canons, avaient été pris; enfin, que les cuirassiers saxons s'étaient couverts de gloire...

Quoi que l'on puisse penser de cet éloge décerné par l'Empereur aux cavaliers saxons en cette circonstance — simple flatterie peut-être à l'égard d'alliés fidèles — il est certain que la pluie, gênant ou empêchant les feux de l'infanterie, le plus grand effort de la bataille fut soutenu par la cavalerie. A 2 heures notre victoire était complète. Nous primes à l'ennemi quarante drapeaux.

Un p u avant 4 heures, l'Empereur, mouillé au point que le derrière de son chapeau, détrempé par la pluie, pendait sur la nuque, revint à cheval par la barrière de Dippolsdiswerda. A sa suite marchait le maréchal lieutenant de Metzko, fait prisonnier, blessé, et déjà pansé.

Le tonnerre du canon se perdit peu après, annonçant que l'en-, nemi se retirait en règle.

L'Empereur me fit appeler dans son cabinet de toilette. Il fut fort gai, parla des événements du jour, plaignant l'empereur François qui, du premier choc, avait perdu autant de monde...

« L'accord, me dit-il, manque encore parmi les souverains alliés. Le mauvais temps d'aujourd'hui les a sauvés d'un plus mauvais traitement. Je voulais prendre d'assaut les hauteurs; la pluie m'en a empêché. Je pense être en Bohême avant l'ennemi, et à Prague en même temps que Messieurs mes collègues... O.nnaissez-vous l'Eger?... Vous avez été à Prague. En connaissezvous bien les environs?

— Sans doute, Sire. Du moins, tous les points devenus mémoT l. 24

râbles en 1757. Je crois, cependant, que Prague n'arrêtei beaucoup Votre Majesté.

— Comment cela?

— Ou le mécontentement rompra une alliance que les événements d'aujourd'hui et ceux d'hier ont sans doute ébranlée; ou les alliés attendront l'armée française en pleine campagne.

— Nous verrons... Suivez-moi. Après le premier événement heureux, je pense vous renvoyer auprès du Roi... Maintenant, introduisez le maréchal lieutenant, et restez pour servir d'interprète. Il ne sait pas le français; il m'a l'air d'un imbécile... Et puis après, prenez soin des prisonniers; il y en a beaucoup... Encore un mot! Je suis charmé du résultat de ces deux journées; mais là où je ne suis pas, les choses vont mal. Tout ce qui a été dirigé sur Berlin a été battu. Je crains pour Macdonald; il est brave, il est bon, il est dévoué, mais il n'est pas heureux... N'avez- vous pas de nouvelles de la haute Lusace?

— J'attends, ce soir, mes éclaireurs.

— Aussitôt que vous apprendrez quelque chose, accourez, même au milieu de la nuit. Je suis fatigué; cependant, je dormirai peu. J'éprouve quelque peine que les compatriotes de ma femme aient autant souffert. Ils ont été mal conseillés. Peut-être est-ce la une épreuve de votre Langenau? Il a mal débuté.

— Je croirai presque, Sire, qu'il n'était pour rien dans tout ceci; sans cela, comme il connaît parfaitement bien Dresde, les attaques de l'aile gauche auraient été plus fortes.

— Oui. elles ne valaient rien du tout. »

L'Empereur passa dans la salle à manger, et je me rendis alors dans le salon de service. Je me présentai à M. de Metzko comme étant chargé de l'introduire et je le priai de me faire connaîtiv. à l'avance, ses désirs, pour pouvoir les exprimer à l'Empereur. Il demanda seulement à être libre sur parole d'honneur. Ce n'était, certes, pas l'intention de l'Empereur, qui ne voudrait pas perdre l'occasion de montrer à la capitale de l'Empire un maréchal lieutenant autrichien... Je trouvai d'ailleurs que cet officier général justifiait parfaitement, par ses discours, l'opinion que l'Empereur avait conçue de lui. L'Empereur lui parla avec un ton où il entrait un peu de sarcasme. A la demande que lui fit le général de Metzko d'être renvoyé libre, il répondit « qu'il ne croyait pas qu'un général autrichien voulût perdre ainsi l'occasion de baiser la main de la fille de son Empereur ». En conséquence, il devait se tenir prêt à partir pour Paris. Après cela, il le congédia.

Le 28 août. l'Empereur sortit de très bonne heure de la ville, a i heval. L'ennemi se retirait; le roi Murât est à ses trou-

Page 1