‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 177 sur 205 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

en 1824, j'allai rendre visite à Mme la duchesse de Montebello, cette belle et noble femme, que Napoléon plaça auprès de l'impératrice Marie-Louise, parce qu'elle était la plus verbueuse des dames de sa Cour.

Le maréchal Mortier vint en 1827) à Dresde, en visite chez son gendre, le comte de Rumigny. Il arriva, accompagné de ses seconde et troisième filles, Mlles Malvina et Louise. Quelque temps après, son fils, le marquis de Trévise, vint aussi à Dresde et y resta comme attaché en quelque sorte à la légation.

Un jour, M. de Budberg, gentilhomme de Dresde, crut faire une gracieuseté au maréchal Mortier, en lui apportant à la légation, devant un cercle assez nombreux, une petite statuette représentant Napoléon portant sur le dos une hotte pour allumettes. Le pauvre maréchal, qui aime Napoléon de toute son âme et vénère sa mémoire, fut fort attristé de la remise de cette espèce de caricature. Il se pencha vers moi et me dit, pour moi seul : « Eh bien! mon cher Cussy, je vois que les plaisanteries allemandes sont toujours aussi fines. » Une fois parti ce niais de Budberg, le maréchal alla jeter dans la cheminée la malencontreuse statuette.

Je ne sais si j'ai dit déjà combien est simple le maréchal Mortier. 11 est fils d'un modeste bourgeois de Cateau-Cambrésis, qui était, en 1789, député du tiers aux Etats généraux. Je me souviens que dans le salon du maréchal, à Paris, on voit, se faisant pendant, deux grands portraits en pied; l'un est le sien, en grand uniforme d'officier général (tenue des Im-sards); l'autre est celui de son père, surveillant dans ses champs les travaux de ses laboureur».

Le maréchal ne parle presque jamais de sa carrière militaire et des événements politiques de l'Empire. Il faut que la conversation l'y contraigne; et, cependant, il a pris une belle part à cette époque de batailles. Je dois le reconnaître, le maréchal Mortier s'occupe d'ailleurs fort peu; il lit rarement et doit souvent s'ennuyer. Toutefois, il reste gai; mais les rares fois * pi" i 1 parle des faits '!<• sa brillante carrière, c'est avec une

précision admirable. Il semble connaître chaque monticule, chaque cours d'eau, chaque bouquet de bois des pays où il a fait la guerre, ainsi que tous les faits militaires qui se sont passés, depuis Charlemagne, dans chacune des localités qu'il a traversées. Son gendre a vu des « mémoires < dont le maréchal écrit quelques feuillets de temps en temps, mais qui ne sont point encore coordonnés, et il m'a assuré que tout ce qu'il a lu est propre, net, et du premier jet. et est parfaitement écrit et avec beaucoup plus de style que la conversation habituelle du maréchal ne pourrait le faire croire.

C'est grâce aux dispositions prises par le maréchal Mortier que, lors du retour de Napoléon de l'ile d'Elbe, la famille royale put quitter tranquillement le territoire français. Le maréchal se retira alors à son château du Plessis-Lalande. Etonné de ne pas voir ce vieil ami se présenter aux Tuileries, Napoléon dépêcha au maréchal Mortier plusieurs messagers pour lui dire « qu'il respectait ses scrupules et qu'il concevait qu'il ne se crût pas délivré du devoir de fidélité envers le Roi auquel il avait prêté serment; qu'il ne voulait que le voir et l'embrasser, et ne prétendait de lui aucune assistance... » Le maréchal ne put résister. Il se rendit auprès de l'Empereur, qui l'embrassa avec effusion, et lui dit des paroles d'une grande bonté. Si bien que son couir étant tout à fait retourné vers son ancien chef, le maréchal ne refusa pas un commandement qu'on lui offrait; mais un violent accès de sciât ique fut cause que le maréchal ne put partir immédiatement, et la bataille de Waterloo eut lieu sans lui. Quoi qu'il en soit, lors de la seconde Restauration, il fut rayé de la Chambre des pairs, ainsi que beaucoup d'autres de ses collègues, que l'on nomma plaisamment les maréchaux-experts (.x-pairs).

Le maréchal s'amuse beaucoup et rit volontiers de tous ]»■- bons mots, calembours ou quolibets des petits théâtres. Au château du Plessis-Lalande comme à Dresde, je l'ai entendu conter «les anecdotes fort crues. J'arrivai, un jour, avec le maréchal et M. de Rumigny, chez Mme Annikew, jeune <'t charmante Russe, ;i laquelle, pour la faire riche,

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