‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 178 sur 205 · CHAPITRE XVIII :S8:t · texte numérisé non relu

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ses parents, gt-n> distingués mais peu fortunés, ont fait épouser un fils de marchands enrichis, homme fort laid et nul. On riait beaucoup dans le salon de la jolie Russe, mais c'était par contenance et pour gagner du temps, Mme de Pouschkine ne sachant que répondre à ses quatre filles, dont l'une venait de lui demander : « Maman, qu'est-ce que la Circoncision?... » En entrant, nous demandons le sujet des rires entendus : « Imaginez- vous, monsieur le chevalier, disent à la fois les quatre demoiselles Pouschkine, que maman ne veut pas nous dire ce que c'est que la Circoncision. Elle fait des mystères de tout, maman; cependant, le jour où le Christ a été circoncis est bien un jour de religion... » J'étais fort embarrassé de mon personnage; les jeunes entêtées se cramponnaient à leur malencontreuse question. Alors, affectant un grand sérieux, le bon maréchal dit, en s'adressant à Mme de Pouschkine :

— Eh! quoi, madame, vous ne voulez pas renseigner ces demoiselles et leur apprendre ce que c'est que la Circoncision?... Je vais le leur dire, moi...

— Comment? Vous allez le leur dire?... — Oui, sans doute. Croyez-vous que, quand elles le sauront, elles seront moins bonnes chrétiennes, et qu'elles auront moins de respect pour Jésus-Christ?... Oui, mesdemoiselles, Jésus-Christ enfant, était juif; c'est à tort que les chrétiens voudraient le nier; l'histoire est là... Jésus-Christ a donc reçu le baptême juif, nommé par les Israélites, Circoncision.

Cette naïve explication, donnée le plus sérieusement du monde, fut regardée par le quatuor de jeunes filles comme concluante, et la spirituelle et jolie Mme Annikew dit aimablement : « Le maréchal doit définir l'esprit comme je le définis moi-même : voir vite, juste et loin. »

Cette Mme de Pouschkine dont je viens de parler, est la veuve d'un général de la garde du Tzar, mort en 1825. Mme de Pouschkine était venue, à la fin de 1824, ou au commencement de 1825, s'établir à Dresde avec ses quatre ravissantes filles : Olga, Pauline, Nathalie et Fann\, afin de se rendre, pendant plusieurs Baisons, aux eaux de Marienbad. Chez

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cette aimable famille, dont j'aurai certainement à reparler, j'ai lait la connaissance de plusieurs Russes agréables, et j'y ai rencontré, entre autres Moscovites, Serge Tourgueniew, qui est quasi devenu fou de chagrin, de ce que l'empereur Nicolas ait pu penser qu'il faisait partie de la conspiration des frères Mouraview, après La mort do tzar Alexandre.

Mme la duchesse de Dino. née princesse de Courlande, épouse du comte Edmond de Périgord, neveu du prince de Talleyrand, séjourna assez longtemps à Dresde avec sa Boeur, la princesse de Sagan. Ces daims fréquentèrent beaucoup la légation de France, et leur départ fut, du muins pour moi, un jour de deuil. Quelles délicieuses beautés! La duchesse de Dino surtout. C'est une femme de trente-doux à trentetrois ans, de la plus jolie taille du monde, ayant le plus joli sourire, et les plus admirables yeux qu'il soit possible de voir. La duchesse de Dino est la plus jeune de quatre sœurs, ayant

chacune une grande réputation de beauté. L'aîné >t la

princesse de Sagan; la seconde est la princesse de Hohenzollern-Hechingen, dotée, dit-on, d'yeux qui ont causé bien des tourments; la troisième est la princesse Pignatelli, vivant séparée de son mari et portant le nom de duchesse Acerenza. N'ayant pas l'honneur de la connaître, je n'ai pu vérifier si, selon ce que disent ses admirateurs, Vénus elle-même eût souffert à lui être comparée; j'ai peine à croire cependant que cette princesse Pignatelli soit plus admirablement belle que la duchesse de Dino. sa jeune sœur.

Le prince russe Poutiakine doit, à cause de son originalité, trouver place dans ces souvenirs. 11 est fixé à Dresde depuis fort longtemps. La maison de campagne qu'il possède aux environs de Dresde, est un assemblage de toutes les bizarreries. Ainsi, au milieu des jardins, on rencontre de nombreuses cheminées. OÙ l'on allume de grands feus en automne et dans les jours trop frais «lu printemps. Ce petit vieillard de soixante ans, mais qui en parait bien soixante-quinze, transporte sur sa personne el dans ses habitudes, toul le i aractère de singularité qu'il a donné an dessin de -es jardins,

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