‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 18 sur 205 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

on s'occupa de rétablir les gardes du corps, les chevau-légers et les mousquetaires. Il eût mieux valu conserver, en lui changeant de nom, la garde impériale, et laisser, parmi les vieilleries de l'ancienne monarchie, toute cette maison militaire dorée qui causa tant de jalousies. On créa six compagnies de gardes il ii i orps qui, comme autrefois, portèrent les noms de leurs capitaines : duc d'Havre, duc de Gramont, duc de Luxembourg, duc de Noailles, prince de Wagram (maréchal Berlin, r) et duc de Raguse (maréchal Marmont).

Me voyant sans position, mon père entreprit de me faire entier aux gardes du corps, situation assez enviée, non pas pour ses avantages matériels plutôt nuls, mais pour le prestige attaché à des fonctions facilitant l'accès de la famille royale. Réussir dans cette tentative était aisé à mon père, puisqu'il se trouvait en relations suivies avec le duc de Gramont, — aimable grand seigneur qui, pour un service rendu autrefois, lui gardait une reconnaissance sans bornes — et aussi avec le chevalier de Saint-Projet, capitaine trésorier de la compagnie Gramont. En outre, je bénéficiai de l'appui du bon duc de Richelieu.

Quoique trente ans auparavant, mon père, très jeune ennui; (1), avait accompli un voyage en Europe, et, durant son

or à Florence, il avait été accueilli avec bonté par le der-

nier des Stuarts qui, tout vieux et perdu de boisson qu'il était,

mvenait qu'autrefois, alors qu'il étonnait le monde sous

le nom de Charles-Edouard, il avait eu comme fidèle partisan

un Marc- Antoine de Cussy, mon grand-père (2). Dans le mo-

e palais de ce prince déchu, mon père avait fait la con-

iii' d'un jeune homme de son âge, le comte de Chinon.

Ce dernier, aujourd'hui le tout-puissant duc de Richelieu,

combla les désirs de mon père et les miens. Après les formalités

usuelles, Ferdinand de Cornot, chevalier de Cussy, fut donc

(1) C'était, je crois, en 1783. Mon père avait dix-neuf ans. (Note de l'aaipur.)

Plus tard je parlerai des rapports de mon grand-père avec Cha Edouard. (Note de routeur.)

inscrit à la compagnie de Gramont, avec rang de sous-li» utenanl. Mais, en raison de mon jeune âge et de ma petite baille, je tte comptai à mon entrée que parmi les soixante surnune raires, et ce n'est que le 1er janvier 1815 que je fus garde du corps en pied. Grâce à la protection du chevalier de Saint- Projet, excellent homme auquel je m'attachai sincèremenl par la suite, je fus placé à l'état-major des gardes du corps. Notre bureau était aux Tuileries, où nous recevions des cuisines du Roi un fort bon déjeuner. Mes collègues de l'étatmajor avaient bien des années de plus que moi, mais ils ne m'en voulaient nullement, et les chevaliers de Brenanchie e1 Auguste Delbosc d'Auzon se montrèrent pour moi les meilleurs camarades. De cette situation à l'état-major, il est résulta' que je n'ai fait qu'une seule fois mon service au château et que jamais je n'ai été prendre garnison à Saint-Germain-en-Law. Lors de mon inscription aux gardes du corps, sentant la nécessité de me rapprocher des Tuileries, je quittai, suivi de mes fidèles Verneuil et Frileuse, le logis garni de la rue de Seine, et, malgré les tendres efforts de la descendante des Stuarts, nous vînmes occuper au coin des boulevards et de la rue Montmartre un coquet appartement où nous nous trouvâmes fort bien. Verneuil apprit bientôt que, par dépit de n'avoir pu séduire des gardes du corps du Roi, la jolie Ecossaise avait cédé son commerce, s'était jette dans le parti bonapartiste et était devenue la maîtresse du général Jacquemine. Disons quelques mots de la compagnie Gramont. Le lieutenant commandant en fait la compagnie était le lieutenant-général baron de Rebel, digne homme, sans beaucoup de portée d'esprit ni instruction. Parmi les lieutenants — rang de lieutenants-généraux — je nommerai: le baron de Jobal. le marquis de Bonnay, qui était alors à Copenhague comme ministre du Uni et dont j'aurai fréquemmenl a parler; le baron de Reiset, vieux soldai «le l'Empire, qui m'a conté sur les campagnes auxquelles il a pris pari des détails intéressants que je rapporterai plus loin; le comte Beaupoil de Sainte- Aulaire, qui était sourd autanl qu'on peut l'être. Un jour qu'il haïssait forl

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