‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 182 sur 205 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

à M. Cousin un passeport protecteur, M. Delavau, préfet de police de Paris, avait, en effet, signalé à la Prusse comme un homme dangereux le Français sauvegardé par ce passeport et se rendant en Saxe!... La première fois que j'eus occasion de parler de cette affaire à M. de Chateaubriand, qui n'appréciait point les idées de M. Cousin, il me dit que le préfet de police avait commis là une action odieuse, et il ajouta en riant : « Ce préfet de police croit peut-être que Dresde appartient à la Prusse... Je connais certains de nos compatriotes ayant des notions géographiphes de cette forcelà »...

Je signalerai ici l'attitude en cette affaire du ministre de Prusse, M. de Jordan. Depuis plusieurs jours, sans doute, il négociait l'arrestation et l'extradition de M. Cousin. Très certainement, il savait, le 13 octobre, que le gouvernement saxon avait eu la lâcheté de céder, et il savait, non moins certainement, que, le lendemain matin, M. Cousin serait arrêté sur sa demande, à lui, Jordan... Eh bien! ce même 13, M. Cousin a passé la soirée dans la loge de M. de Jordan, au Grand-Théâtre! Et M. de Jordan a eu, toute cette soirée, avec sa victime, une conversation rieuse, gaie, et pleine d'abandon, et s'est comporté comme le chat qui joue avec la souris, avant de la croquer!... Ce souvenir m'a longtemps poursuivi. Je savais un mauvais gré infini à M. de Jordan de cette perfidie si bien voilée sous des dehors de gaîté. C'est lui qui, par ses conseils, ;i conduit toute cette affaire. Il a été, il est vrai, singulièreiii. nt aidé, d'abord, par la lâche complicité de M. d'Einsiedel, que ses intérêts particuliers ont attelé au char de la Prusse, ensuite par la simplicité de ce pauvre innocent de général de Minckwitz, bonne âme au fond, et auquel je ne garde aucune rancune pour tous les mensonges qu'il a débités, par ordre de son seigneur, le comte d'Einsiedel, en la circonstam ■<■. Oui, c'est par ce concours de perfidie, de lâcheté et de simplicité, que les blancs cheveux de l'honorable roi de Saxe, < H homme de i >i» • u . mais bon el faible ;i l'excès <■! dominé tout à fait par son néfaste premier ministre, "ni reçu la boue

qu'on! fait jaillir du ruisseau les roues delà voiture qui emportait, pour le livrer à ses ennemis, un Français disti; .. placé sous la protection de la légation du roi Louis XYJ1I. aux efforts duquel il dut. lui petit roitelet de Saxe, de eonst t ver en lsl \ son royaume que la Prusse convoitait de toute son âme, et que, soit dit en passant, il eût été préférable, dans l'intérêt de la France, qu'elle devînt maîtresse, plutôt que du Grand-Duché du Rhin, assis sur notre frontière; Grand-Din-h.qui, érigé en royaume, eût pu servir de compensation pour la famille de Saxe dépossédée.

Voici bientôt deux ans de ces événements. Ma rancune contre M. de Jordan a cédé au temps qui se charge d'émousser boutes les aspérités de la vie... Au reste, tout bien examine »| pesé à distance, M. de Jordan a là dedans fait peut-êh" son devoir comme moi-même j'ai fait le mien?... Seulement, ce devoir, moi je l'ai fait loyalement, à la française, tandis que M. de Jordan l'a accompli brutalement, en Prussien. Et, somme toute, ce qui ressort le plus clairemenl de toute cette affaire, c'est que le cabinet saxon s'est comporté lâchement, manquant à toutes les bienséances, à tous les procédés usuels, et, en un mot, à la bonne foi et au droit des gens. On voil <•<■ que coûte au bon renom d'un pays l'omnipotence d'un ministre comme le comte d'Einsiedel.

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