CHAPITRE XIX
< M. de Damas entretint le Conseil des ministres, me dit M. de Chabrol, des communications que lui avaient faites messieurs les ministres de Prusse et de Saxe, au sujet de l'arrestation; et, comme ce n'est jamais que sur les affaires les plus minimes des légations que notre collègue prend la parole, M. de Villèle s'étant réservé d'examiner les affaires importantes du ministère des affaires étrangères, le baron de Damas, lequel, vous le savez, ne s'énonce pas avec une grande facilité, n'obtint pas, de la pari du Conseil, une plus grande attention que d'ordinaire... Toutefois, j'avais, moi, écouté, et je m'en félicite sincèrement, car mon observation ramena l'attention du comte de Villèle, qui, préoccupé de toute autre affaire, n'avait pas entendu un mot de ce qu'avait dit et lu M. de Damas. Le Conseil étant mieux informé, l'opinion et les conclusions de M. de Damas trouvèrent contradicteurs. ..Vous allez avoir, mon cher Cussy, bien mauvaise opinion de nous, si je vous révèle comme cela les mystères du Conseil des ministres, mais il est probable que si je n'avais pas eu l'honneur de vous connaître, votre nom, qui a éveillé mon attention, ne m'aurait pas suffi pour me convaincre que le secrétaire de légation dont il était question avait très certainement fait son devoir et que M. de Damas ne devait pas être suffisamment informé. Donc, lorsque Damas eut prononcé son fameux « je pense, messieurs », sur lequel sa voix se traîne toujours comme pour lui donner le temps de chercher ce qu'il pense réellement, il se reprit et dit sévèrement : « Je pense, messieurs, que dans des circonstances de cette nature, quand la Saxe accuse notre 51 crétaire d'' légation d'avoir cherché à soulever la population, si quand elle réclame que ce jeune homme soit rappelé, nous devons non seulement le rappeler en effet, mais, pour que la îfaction soit plus éclatante, il me semble que nous devons déférer au Conseil d'Etal l'examen de la conduite révolutionnaire du chevalier de Cussy... » Vous voyez, mon cher ami, que M. «le Damas juu1' vite e1 n'y va pas de main morte... Oui, je rougis de dire que si je n'avais pas pris la parole — ce que probablement je n'eusse pas fail si je ne vous avais point connu
— personne ne répondant à Damas, il eût pris le silence général pour nu assentiment, el l'on serait passé à une autre affaire, à laquelle on n'aurait pas prêté plus d'attention, tellement nous sommes tous persuadés que les affaires importantes sont traitées directement entre les ministres étrangers et le président du Conseil.
Vprès que M. de Damas eul terminé le développement de je pense », je lui dis : « Mon cher collègue, permet tez-moi quelques observations. Dans l'affaire dont il s'agit, trois choses m'ont frappé, car elles méritent, il me semble, une grande attention... » Là-dessus, M. de Villèle. sortant (!<• sa préoccupation, demanda de quoi il s'agissait. Je lui contai l'affaire en quelques mots et en vins aux observations que j'avais à cœur de formuler. Les voici :
1° Il me semble que le rapport que M. de Damas vient de faire au Conseil ne repose que sur la seule communication du ministre de Saxe, et, qu'avant de prendre aucune conclusion, il faudrait attendre les dépêches du ministre du Roi à Dresde, qui est, sans doute, en voie de négociations e1 n'a point encore écrit.
2° N'est-il point contre toute convenance, que la police donne un passeport à un sujet français, et qu'elle entre en eorrespondance directe avec deux légations étrangères, pour attirer l'attention des polices de Prusse et de Saxe sur ce même individu qu'elle regarde comme dangereux?... Et tout cela, sans que la légation du Roi à Dresde soit prévenue de rien!...
3° Je connais beaucoup M. le chevalier de Cussy. Sa conversation ne dénote pas un homme violent, prêt à soulever le peuple, s'il en a le moyen, pour appuyer une démarche diplomatique, et, avant de songer à donner à la Saxe la satisfai tion qu'elle demande, par son ministre à Paris, de la conduite du chevalier de Cussy, il faudrait entendre ce dernier.
— Tout cela est fort juste, dit M. de Villèle. La légation du Roi, n'étant pas prévenue, devait, avant tout, sa protection. La position dans laquelle se trouvait M. Cousin, - -il ei ami d'un pair «le France avec lequel il voyageait,