‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 186 sur 205 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

faisail un devoir à notre chargé d'affaires de le protéger... D-- plus, moi aussi je me rappelle avoir causé plusieurs fois avec le chevalier de Cussy, et le souvenir que j'en ai lé est, je dois le dire, tout à son avantage... Allons, mon cher baron, il faut attendre de plus amples informations. —

Cette allocution du président du Conseil commença à changer les disposition^ de Damas. M. de La Ferronnays a taii le reste, et Damas n'a plus vu qu'une mesure atroce là où, peu de jours auparavant, il ne voyait qu'une mesure de simple police, à l'exécution de laquelle vous étiez fort coupable, à son avis, de vous être opposé... Par tout ce que je viens de vous raconter, vous pourrez voir, mon cher ami, que je suis au courant de ce qui s'est passé à votre sujet au Conseil el des fluctuations de M. de Damas. »

Je remerciai de toute mon âme le comte de Chabrol de sa bienveillante intervention dans une circonstance où la légèreté du baron de Damas avait failli me sacrifier sans hésitation. Je lui promis le secret qu'il réclamait, et me rendis chez le i >mte de La Ferronnays, que je fus assez heureux pour rencontrer. Je lui dis combien j'étais touché de ce qu'il avait fait pour moi et combien j'étais heureux de l'avoir trouvé ette circonstance ce qu'il avait toujours été à mon égard, c'est-à-dire bon et bienveillant, et je lui confiai que j'avais tout appris, afin qu'il] fût plus disposé à tout me raconter. Cet homme excellent me répondit aussitôt :

Ne me remerciez pas autant, mon cher Cussy; ce que j'ai fait là, je l'eusse fait sans vous connaître, car, aussitôt que j'ai été informé de ce qui se passait, j'ai vu qu'il y avait quelque chose d'inique, d'inepte, et où la dignité de la France était gée et compromise. Mais, je l'avoue cependant, j'y ai mis d'autant plus de chaleur et de bonne volonté que je vous aêlé là dedans, et que j'étais convaincu que vous n'aviez aucun tort. Moi, ambassadeur, sachant très bien avec quelle inexactitude on informe les légations de mille choses qu'elles devraient admirablement connaître, je me suis douté qu'il y avail là dedans quelque excès de zèle de la

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police, .'t. ayant appris que Damas avait répondu è M. de Werther que c'étail une misère, et au baron d'Uchtritz qu'il devait rester sans inquiétude et que votre condui hensible serait punie, je me suis transporté chez lui pour qu'il me mît au couranl de toutes choses... Jugez di ma surprise quand j'appris que le baron de Damas était allé de l'avant, sur la seule communication du ministre de Saxe et sans attendre vos rapports ou ceux de M. de Rumiguv!... Je discutai tous les points avec lui; je lui lis envisager la gravité de ce qu'il avait fait, et, pour lui donner une mesure qu'il pûl apprécier, je lui dis, qu'à mes yeux, ce qui s'était passé, tant de la part de la Prusse que de celle de la Saxe, était « beaucoup plus sérieux qu'une violation de territoire par des gendarne poursuivant un prisonnier qu'ils sont sur le point d'atteindre au moment où ils lui voient franchir la frontière... Le baron de Damas frappé de cette image — que je vous pri< . mon cher Cussy, de retenir; vous verrez pourquoi — >-\ déjà à parti, la veille, au Conseil, par le comte de Yillèle lui-même, vit désormais les choses sous un autre jour. Et ce fut au point que. parle plus grand des hasards, le baron de Werther B'étant fait annoncer dans ce moment, el Damas nv ayant fait signe de rester, j'assistai, bien malgré moi et d'une manier, tout à fait inattendue, à une scène des plus comiques, je \ sure, comme vous allez en juger.

« Après 1rs premières politesses, et quand chacun fut ass - Damas dit à M. de Werther que j'étais au courant de l'affaire Cousin, que, par conséquent, il pouvait lui parler devant n Et, tout à coup, sans même donner au ministre de Prusse le temps de dire un mot, Damas s'écrie : « Au reste, monsieur le « baron, j'ai mûrement réfléchi à cette affaire. Mieux informé, « je la trouve fort grave... Oui, monsieur, plus grave même « que ne serait une violation de territoire par des gendarmes « poursuivant un prisonnier qu'ils sonl sur le point d'atteindre « au moment où ils lui voient Franchir la frontièn ... I • baron de'Werther, abasourdi, voulut glisser quelques m Damas, monté désormais au tragique, se lève, prend une posi-

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