‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 187 sur 205 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

lion belliqueuse et continue en scandant les syllabes : « Par- « lez, monsieur le baron, expliquez-vous... Est-ce la guerre « que vous voulez?... Nous ne la craignons pas et nous sommes « même tout prêts à la faire... » Ne comprenant rien à un ton el à un langage si différents de ceux de la veille, le ministre prussien se leva, complètement interdit, balbutia qu'il donnerait connaissance à sa Cour du nouveau jour sous lequel le cabinet de Sa Majesté Très Chrétienne envisageait la question, retira. Le soir même, il expédiait un courrier à Berlin. .!•• ne voulus pas dire à Damas, dans ce moment, qu'il était peut-être allé un peu loin; car il était absolument enchanté de lui et n'aurait rien compris à mes remarques sur l'inutilité d'avoir paru aussi vivement blessé... Vous avez vu, mon cher Cussy, combien l'image des gendarmes poursuivant un prisonnier s'était emparé de son esprit, puisqu'il avait répété, mot pour mot, à M. de Werther, la phrase que j'avais prononi'instant d'avant. Dans sa joie toute martiale, Damas se retourne vers moi d'un air triomphant et me débite deux ou trois phrases assez peu diplomatiques que je ne vous répéterai pas...

— Mais ces phrases, je crois les savoir déjà, dis-je à M. de La Ferronnays, car, si le baron de Damas aime los images des autres, il est probable qu'il reproduit plus volontiers encore celles qu'il a trouvées lui-même. Or, il m'en a présenté une, assez peu di idiomatique, en effet, dont je ne vous citerai que les premiers mots, lesquels suffiront pour vous montrer si c'est bien ce que vous ne voulez pas me dire : « Ah! ces messieurs croyaient que nous allions nous laisser... »

Le comte de La Ferronnays partit d'un éclat de rire homépiqui et me dit, toujours en riant :

— Ah! c'esl bien cela...; c'est ce qu'il m'a dit à moi... Je que, lorsqu'il tient une phrase il aime ;i la servir, bonne

ou mauvaise, jusqu'à ce que son effet ><>\\ usé... Mais celle-là, en vérité, ne peut pas s'user facilement... Elle est trop nouvelle dans la bouche d'un ministre...

— Mais, monsieur le comte, le ministre m'a encore servi

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une autre phrase lapidaire, que, celle-là, je puis répète] en entier : « La Prusse est la seule puissance contre laquelle nous ayons à garder rancune. La Saxe a, sans doute, été lftcfa faible, mais ce n'est jamais qu*avec regrel que Dieu laisse tomber sa grêle destructive sur le persil... »

Nouveaux éclats de rire de M. de La Ferronnays.

— Je vois, mon cher Gussy, que vous connaissez tout l'arsenal oratoire de notre ministre, car cette image de la g tombant sur le persil est une de ses phrases diplomatique favorites et il m'a servi son persil bien des fois... »

Après ce long, instructif et amusant entretien, je renouvelai mes remerciements au comte de La Ferronnays, et le quittai. déplorant sur mon chemin de voir le si important ministère des affaires étrangères aux mains d'un homme dont ses collègues et ses vieux amis faisaient aussi peu de cas.

M. de Damas a appelé auprès de lui au ministère un homme qui, déjà, avait toute sa confiance à Marseille, où il remplissait, je crois, les fonctions de commissaire général de la police; je veux parler du baron d'Eckstein, qui esl devenu publiciste (1). M. de Damas a aussi recueilli dans sa

maison le jeune marquis d'Eyragues, dont le père était i l

à ses côtés en Espagne.

MM. de Villèle et de Damas et leurs acolytes sont les plus enragés soutiens de la Congrégation, qui mène si bien les affaires de France, que le comte de Montlosier, dans le fameux Mémoire à consulter qu'il a publié l'an dernier (1826) contre le parti prêtre, a pu écrire : « On imagina de faire entrer 1'' ministère dans la Congrégation, la Congrégation dans 1- ministère. Déjà les postes, la police de Paris, la direction générale, avaient été donnée aux affiliés; il ne manquait plus que d'enrôler les principaux ministres eux-mêmes... »

Je ne sais si le pouvoir de M. de Villèl • durera longti mps.

(1) Cet individu, né en Danemark en 1790, ■< servi un peu dans tous les pays. Il esl inspecteur général 'lu mil istère de la police el attaché au ministère d affaires étrangères, je ne sais en quelle qualité. [Nr.u d* /''tuteur.)

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