CHAPITRE HI
raux (1). Arrivé aux Tuileries, le Roi parut sur le balcon du pavillon de l'Horloge et se découvrit pour parler à la foule. L'acteur Huet, qui avait émigré à Gand et qui était entré à Paris, portant une bannière sur laquelle était écrite cette phrase : « Vive notre Père de Gand », pénétra sur le balcon avec le Roi, mit un genou en terre et reçut des mains royales le chapeau de Sa Majesté. Plate conduite, bien digne d'un histrion! Le surlendemain du retour du Roi, j'achetai sur les boulevards une caricature représentant Huet brandissant une bannière sur laquelle les mots : « Père de Gand » étaient représentés par deux gants.
En quittant les Tuileries, j'accompagnai M. de Pellan jusqu'à sa demeure, dans le Marais. Les rares passants que je rencontrai dans ce quartier étaient des gardes nationaux retournant chez eux. Aux regards que quelques-uns me lançaient, à moi garde du corps du Roi, il était aisé de reconnaître que pas mal de « citoyens » voyaient sans plaisir cette seconde restauration.
Puisque je viens de parler de la caricature sur le « Père de Gand », je vais en consigner ici deux ou trois autres de cette époque qui sont particulièrement restées dans mes souvenirs. Je procéderai par ordre chronologique.
Un peu avant le retour de l'île d'Elbe, il parut une caricature représentant la famille royale dans une voiture sur le point de verser dans un précipice et traînée par un âne noir. Son titre était en langue anglaise The black as, allusion au duc de Blacas dont l'impéritie, la hauteur et l'influence extrême sur le Roi ont amené la chute de 1815; ce qui ne lui a pas fait perdre, au retour de Gand, la faveur de son souverain (2).
Au moment du débarquement de Napoléon au golfe Jouan, quand le Roi s'apprêtait à quitter Paris, il retrouva fidèles ses anciens compagnons d'exil et de vicissitudes, mais la plu-
(1) Clarke, Dsssolles, Maison et Villatte.
(2) L-3 chevali'T de Cussy commel ici. croyons-nous, une légère erreur. I." rôle politique du 'lui- de Blacas fut bien diminué an retour de Gand. (Noie de l'éditeur.)
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pari de ceux-ci étaient vieux el sans forces. Une caricature représenta plusieurs de ces vétérans delafidéliti — qui avaient repris leurs anciens uniformes el qu'on appelail dans le 7 »< -n7>lr* les Voltigeurs de Louis \ I S — assis, en grande tenue, dans des chaises ;'i porteurs sans porteurs. Le duc de Berry les haranguait el cherchai! a exciter leur courage : « Oui. monseigneur. disaient-ils, nous sommes prêts à répandre cotre sang pour le soutien du trône. Nous n'attendons que des hommes pour nous porter en avant! »
Pendanl les Cent-Jours, il parut une caricature qui lit fureur. Dans l'intérieur d'un café, Napoléon lisail le Journal dt Paris. Louis XVIII, qui avait placé sa couronne sur un tabouret, s'avançait poliment vers Napoléon, en lui disant : l'uris. après vous, -'il vous plaît! 0 Et, pendant ce temps, le petit roi de Rome prenait la couronne royale, en s'écriant : « Tiens, voilà la casquette de papa! »
Ces caricatures politiques me font souvenir de deux autres qui parurent à l'époque de l'introduction du sucre fabriqué avec la betterave. Dans l'une, le jeune roi de Rome présentait une betterave à un mouton favori en lui disant : « Mange, petit. Papa dit que c'est du sucre. » Dans l'autre, on voyait le roi d'Angleterre Georges III, furieux qu'on lui eût servi une betterave à son déjeuner, lançant cette racine par-dessus le canal de la Manche et s'écriant : « Va te faire sucr<
Ji' me souvins d'avoir vu, dans mon enfance, d'autres caricatures politiques. Je vais les citer, puisque j'ai déjà fait rhimneur à ces puérilités de les consigner ici.
A la fondation <le l'Empire, le président du Sénat fut le premier personnage qui. en parlant à Napolé le qualifia de
Sire aussitôt parut une caricature représentant Cambacérès en décrotteur cirant les bottes du Premier Consul.
J'ai vu aussi un dessin montrant, d'un côté, Gambacérès avec l'exergue « Haine aux femmes! » et, de l'autre, Napoléon, ave» cette mention ■ Haine aux hommes! lu-dessous, <>n lisail en exergue général : < \ eux deux, la fin du monde! «
Lorsqu'on plaça sur l'arc de tri phe «lu Carrousel le gra-