CHAPITRE III
cieux quadrige de Venise — que les alliés, en L815, onl repris, eu même temps que le Lion de Saint-Marc qui était placé sur une colonne, en face de l'hôtel des Invalides, — ■ il 9e vendit
à profusion une caricature représentant Napoléon à une fenêtre des Tuileries, contemplant l'arc de triomphe surmonté du quadrige traînant un char vide, pendant qu'un individu, s'adressant au public, montrait au doigt Napoléon et disait : « Lé char l'attend (le charlatan) . »
Il n'a pas manqué du reste de caricatures et de sots calembours sur l'Empire. En voici un qui sera probablement conservé fort longtemps dans la mémoire des hommes. On faisait dire à un individu qui racontait les détails du couronnement : .Napoléon était couvert de boue (debout), sous un dais sanglant (sans glands); Joséphine était là et... (Pie VII) 3 côtés. »
Mais il est temps, vraiment, de laisser toutes ces sottises, et de re venir à des choses plus sérieuses.
Lorsque la fortune eut abandonné Napoléon à Waterloo, el quand il vit que les Chambres se prononçaient contre lui, il se décida à abdiquer pour la seconde fois. Il arriva à Rochefort le 4 juillet, puis, par ordre du gouvernement provisoire, il embarqua à bord de la Saale, commandée par le capitaine de vaisseau Philibert.
( m n'est pas d'accord sur la façon dont Napoléon adopta la ! ut ion de se rendre à bord du vaisseau anglais Belléropkon. J'ai entendu des bonapartistes reprocher au capitaine Philibert d'avoir livré l'Empereur aux Anglais; or, voici ce que m'a raconté ce marin, d'une bravoure et d'une loyauté incontestables, qui, malgré la semonce imméritée que lui avail autrefois adressée Napoléon (1), aimait sincèrement l'Empereur. Une croisière anglaise, composée du Bellérophon, vaisseau <!•• soixante-quatorze canons, capitaine Maitland, et de huit à dix frégates, bloquait nos côtes, de Bordeaux jusqu'aux Sablesd'Olonne. En outre de la Saale, nous n'avions dans ces eaux,
( 1 1 Voir chap. i.
comme bâtiment de guerre, que la seule frégate la Méduse [ 1 ). capitaine Ponée. Ce dernier, ardent bonapartiste, proposa au commandant Philibert d'essayer de forcer la croisière anglaise, puis de faire voile pour l'Amérique. Après avoir discuté les difficultés de l'entreprise projetée, Philibert accepta, sous condition de l'assentiment formel de l'Empereur. Or, Napoléon repoussa cette proposition qu'il traita de « sacrifice héroïque, mais inutile ». Il était abattu, découragé et se sentait perdu. Ce même jour, l'Empereur, voyant l'équipage rangé sur le pont, commença une harangue où il disait qui1 1rs IJnurbons étaient repoussés par le peuple français, que lui seul était l'élu de la nation, etc.. Le capitaine Philibert, qui avait traité l'Empereur avec tous les égards possibles, mais qui néanmoins le regardait comme un prisonnier d'Etat à son bord, interrompit respectueusement la harangue de Napoléon. L'équipage murmura; un matelot même s'avança, menaçant, vers Philibert, en disant : « Laissez parler l'Empereur. » Philibert n'hésita pas, et, conservant son sang-froid, il fit sauter la cervelle de l'insubordonné. Tout rentra dans l'ordre. Peu de temps après, Napoléon fit demander au capitaine Maitland par le général Gourgaud, de passer à son bord «venant, dans son infortune, chercher librement un asile sous les lois de l'Empire britannique ». L'Empereur monta sur le Bellérophon, le 15 juillet.
On sait l'hospitalité que l'Angleterre a donnée à cette grande infortune! On sait comment cette noble confiance fut récompensée! quel sort fut celui de Napoléon sur le rucher maudil de Sainte-Hélène, et comment ses gardiens, ou plutôt ses bourreaux, et notamment sir Hudson Lowe, surent changer en un.' longue agonie les années que Napoléon devait encore pasxer sur ce rocher, où il mourut le 5 mai 1821. J'espère qu'il aura toujours ignoré l'oubli dans lequel il étail tombé dans le cœur de sa femme — l'impératrice Marie-Louise, que le congrès de Vienne avait fait duchesse de Panne — e1 les infidélités de
(l) On connaît la fin lamentable gui attendail sept années plus tard i • tte frégate, la Méduse, commandant de Chaumareix.