‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 39 sur 205 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

elles doivent d'autant plus avoir été dictées au duc par son intérêt personnel. N'oublions pas, qu'avant le retour de Sa Majesté de Gand, M. le duc d'Orléans s'est laissé offrir la couronne de France, et souvenons-nous toujours qu'il est le (ils de Philippe-Egalité. »

Ce fut ainsi que j'appris la haine de mon nouveau chef pour la maison d'Orléans. L'un des conseillers les plus écoutés du Roi, M. de Bonnay fut certainement pour beaucoup dans la détermination de Louis XVIII de refuser, lui régnant, la qualification d' « Altesse Royale » au duc d'Orléans (1) et dans l'éloignement momentané de ce prince en Angleterre (2).

Puisque j'ai parlé d'une offre de la couronne de France au duc d'Orléans, je suis amené à noter ici que mon chef actuel, le comte de Rumigny (3), dont le frère a été aide de camp du prince, sm'a dit, qu'en effet, en 1815, avant que la seconde Restauration ait eu lieu, il avait fait partie d'une députation de l'armée de la Loire venant offrir la couronne au duc d'Orléans; mais celui-ci avait, sans hésiter, décliné cet honneur, et fait engager l'armée à se soumettre au Roi. Le maréchal Macdonald, ce noble et vaillant capitaine, sut alors faire entendre des paroles de fidélité et de devoir à ces vieux soldats qui se laissèrent docilement licencier à la voix respectée du chef populaire que le Roi avait eu l'adresse d'envoyer vers eux.

M. de Bonnay était, je crois l'avoir dit, un homme excellent» d'une haute valeur et d'une grande expérience, mais il était entêté et intransigeant à l'extrême. Lorsqu'en 1815, je parcourus ce réquisitoire, je ne connaissais que de nom le duc d'Orléans et je dus sans doute épouser les idées de mon chef.

(1) A son avènement au trône, Charles X rendit au duc d'Orléans cette qualité 'I' ■ Altesse Royal

La famille d'Orléans, se croyant en butte au ressentiment de Louis XVIII. s'éloigna de Paris au mois d'octobre 1815, alla résider à Twickenham et n'en revint qu'en mars de l'année suivante.

(3) Ministre plénipotentiaire de France en Saxe, en 1825. Il était gendrc du maréchal duc de Trévise. (Note de l'auteur.)

Quelques années plus tard, en 1820, je fus présenté au Palais- Royal et mon opinion changea. Modifier ses idées est souvent un devoir, car, selon ce propos que j'ai entendu bien des fois émettre par M. de Chateaubriand comme un axiome : « Seuls, les sots sont décidés à ne jamais modifier leurs opinions sur les gens et sur les choses. »

Je trouvai en effet au Palais- Royal un prince fort affable. Il est du reste aimé de tous ceux qui l'approchent et sa fam lie est, dit-on, un modèle d'union. La duchesse, sa femme, Marie-Amélie, seconde fille du roi Ferdinand IV des Deux- Siciles (1), est la plus tendre mère, l'épouse la plus dévouée, et le modèle de toutes les vertus. Comme sa pieuse belle-mère, que les hommes de la Révolution ont eux-mêmes respectée, à une époque où on ne respectait personne, tant ses vertus et ses bienfaits en imposaient, la duchesse actuelle d'Orléans passe sa vie au milieu de ses enfants. La mère du duc d'Orléans est morte, il y a quatre ans, en 1821, à Ivry. C'est à elle, sans doute, beaucoup plus qu'à son gouverneur (2), Mme de Genlis, que le duc d'Orléans doit les principes de vertu et d'honneur qui l'ont guidé dans ses longues infortunes. Ce prince a vu consacrer son bonheur, le 25 novembre 1809, à Palerme, où il épousa cette vertueuse princesse Marie-Amélie, que son père avait, dix ans auparavant, refusé de marier au duc de Berry qui passait alors pour « un parti peu avantageux ». Depuis, la duchesse d'Orléans est devenue la tante du prince qui avait brigué sa main (3). Il est heureux pour cette princesse qu'elle n'ait pas épousé le duc de Berry dont les nombreuses infidélités l'eussent fait profondément souffrir. Le caractère léger de Mme la duchesse de Berry lui a permis d'accepter sans colère, et même sans s'étonner, les frasques de son époux. Peu de temps après le crime de

(1) Plus exactement : Ferninand IV de Sicile; mais Ferdinand Ier "du royaume des Deux-Siciles. [Note de l'auteur.)

(2) Le futur Philippe-E.u'aliti'- avait en ffiVt dniui"' à Mme de Genlis les titres officiels de « gouvernante » de sa fille et de « gouverneur » de ses fds.

(3) La princesse Caroline de Naples, nièce de la princesse Marie-Amélie, épousa à Paris, le 17 juin 1816, le duc de Berry.

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