‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 46 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

par le sieur Achard, de l'Académie. Il s'est élevé à 2,000 pieds.

4 mars 178 î. — Le roi de Prusse est toujours indisposé et d'une faiblesse extrême. Un de ses hussards de chambre, le voyant assez mal et sans aucun des secours de la médecine, a pris sur lui, dernièrement, de lui proposer un remède de son ordonnance et de sa propre composition. Ce remède d'airain fit un bon effet, sans doute, puisque, le lendemain, le monarque a donné une gratification de 1.200 livres à cet esculape improvisé. Mais, en procurant de fréquentes évacuations, et trop abondantes, cette médecine de hussard a tellement affaibli Frédéric II, que, depuis ce moment, il n"a pu quitter le lit ou la chaise longue.

Le prince Henry, ne pouvant disposer que de 60,000 francs pour son voyage à Vienne, tant ses finances sont basses, n'a point osé parler de Paris au roi Frédéric II, quand il lui a demandé la permission de traverser la France, se réservant toujours, m'a-t-il dit confidentiellement, si le roi de France le faisait inviter de venir à Paris, d'écrire de Lyon à son frère qu'il ne peut se dispenser de céder aux offres de Louis XVI.

Février 1785. — M. de Gaffon, ministre de Prusse à Constantinople, a été mis à la forteresse de Spandau en arrivant à Berlin, afin de prouver à l'Europe, et surtout à Catherine II, qu'il a agi à Constantinople sans aucun ordre du roi son maître.

Avril. — Le prince Henry me fait engager à venir à Rheinsberg et à lui faire ma cour tous les lundis à Berlin, où je pourrai rencontrer l'héritier présomptif du trône (1). Cette exception toute particulière aux étiquettes de la Cour de Berlin n'avait, jusqu'alors, été accordée qu'à sir Elliott (2), ministre d'Angleterre, qui a épousé la fille d'une amie intime du prince Henry,

Mai 1786. — La mémoire de Frédéric II est si baissée qu'il ne peut plus se rappeler aucun nom, même ceux de ses généraux, et, qu'après s'être fait nommer plusieurs fois le duc de Courlande, qui habite Berlin depuis dix mois, il ne l'appelle jamais que le duc de Cumberland.

25 juillet. — Frédéric II a demandé à son médecin si sa mort serait douloureuse.

17 août. — Mort de Frédéric II. Son testament est de l'année 1769.

J'ai copié la lettre suivante de Frédéric le Grand sur l'oririginal même de la main du Roi. Cette lettre, qui n'a point

(1) Frédéric-Guillaume, neveu de Frédéric II. Il régna de 1786 à 1797, sous le nom de Frédéric-Guillaume II.

(2) Ce sir Elliott était, croyons-nous, le frère de l'illustre défenseur de Gibraltar (1779-1782). {Note de Védileur.)

été imprimée, est adressée à Mme de Camas, grande gouvernante de la Cour de la Reine. Elle est sans date et relative à la mort de Mme la margrave de Bayreuth, sœur de Frédéric le Grand. J'ai conservé les fautes qui se trouvaient sous la plume du Roi.

« Je vous suis bien obligé, ma bonne maman, de la part que vous prenez à la perte que nous venons de faire; c'est une perte pour tous les honnêtes gens, car ma sœur était une personne véritablement vertueuse. J'ai su il y a longtemps que les homes sont mortels, j'ai été témoin que sa santé menassait ruine, mais cela n'empêche pas ma bonne maman que je ne sente vivement la privation d'une sœur que la mort m'a araché côme des bras. La nature, une tendre amitié, une estime véritable, tous ces sentiments réclament leurs droits, et je sens, ma bonne maman, que je suis plus sensible que raisonnable, mes larmes, mes regraits sont inutiles, cependant je ne saurais les suprimer. Notre famille me semble une forêt dont un ouragant a renverssé les plus beaux arbres et où l'on voit de Distance en distance quelque sapin ébranché qui parait ne tenir encore à ses rassines que pour contempler La chute de ses compagnons et les dégâts et les ravages qu'a fait la tempête : je souhaite, ma bonne maman, que le souffle de la mort se détourne de vous, que nous vous conservions longtems, et que je puisse encore souvent vous réitérer les ;i-surances de mon anciene et fidèle amitié.

« Fédéric. »

Cet illustre monarque, que l'histoire a qualifié de l'épithète de « Grand », est nommé en Prusse Frédéric « l'Unique » i Frédéric der Einziege). Il a prononcé sur la margrave de Hesse-Darmstadt le mot suivant : « C'est un homme de mérite », mot qui a peut-être inspiré Napoléon, disant de Mme la duchesse d'Angoulême qu'elle était le seul homme de sa famille.

Frédéric le Grand signait toujours « Federic ». Le gouver-

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