CHAPITRE V
ii' us des princes de Prusse, M. Ancillon, aujourd'hui (1) ministre par intérim des affaires étrangères du roi Frédéric- Guillaume, m'a fait don d'un autographe du grand monarque où cette signature se trouve, en effet, orthographiée ainsi. M. Ancillon m'a dit avoir enlevé ce document parmi les papiers déposés au ministère des affaires étrangères de Prusse, et, bien que ce document soit à vrai dire sans valeur, j'ai été étonné d'entendre un homme d'Etat aussi sérieux, avouer ainsi qu'il disposait des papiers publics comme de sa propriété personnelle.
.Mais je reviens à la correspondance du comte d'Esterno.
Août 1786. — Le prince Henry a présenté au nouveau roi une minute toute dressée d'une lettre pour le roi de France, dans laquelle Frédéric-Guillaume II, sans parler d'aucune affaire, devait demander au Roi son amitié et la permission de s'adresser directement à S. M. T. C. dans les différentes circonstances qui pourraient survenir. Sans heurter de front son oncle, le roi de Prusse a accepté la minute, mais fait écrire une autre lettre. D'où l'on peut conclure que le prince Henry ne possède pas, au moins seul, la confiance de son neveu.
A l'occasion du deuil pour feu Frédéric II, tout le corps diplomatique a fait draper ses voitures, à l'exception du seul comte de Romantzow qui a déclaré ne vouloir rien faire.
Des Français occupant la plus grande partie des places dans la finance et dans les Ecoles militaires, il en résulte une très grande haine contre la nation française. M. de Mirabeau a encore accru cette haine, en adressant au nouveau roi de Prusse — à titre de philosophe — un plan de gouvernement (2).
9 septembre. — Obsèques solennelles de Frédéric II dans l'église de la garnison, à Potzdam. A l'exception du comte de Romantzow, tout le corps diplomatique y a paru. Sans attendre la communication officielle de la mort de Frédéric II, Catherine II a pris le deuil et a envoyé un courrier à M. de Romantzow pour le charger de faire son compliment de condoléance au nouveau roi, de sorte que l'on ne peut expliquer la conduite de l'envoyé russe.
Novembre. — On me dit que le ministre d'Espagne a fait la
chargé par Vergennes d'une mission secrète à Berlin, Mirabeau avait remis son t plan de gouvernement « à Frédéric-Guillaume II, le jour même de l'avènement au trône de ce prince.
partie de la reine douairière. Jamais les ministres étrangers n'ont été admis à l'honneur de faire la partie de la reine douairière; je vais me plaindre de cette préféren< ■< -.
La Reine douairière écrivit, en effetj au ministre des affaires étrangères de Prusse pour l'engager, en quelque sorte, à adresser des excuses au comte d'Esterno, et elle ajouta mille choses polies pour ce ministre.
2 janvier 1787. — Nomination du duc régnant de Brunswick à la charge de feld- maréchal Drussien.
20 janvier. — Il y a enfin une maîtresse déclarée. C'est Mlle de Voss, fille d'honneur de la reine douairière. Elle est âgée de vingt ans, et sans beauté. Le roi de Prusse, pour commencer, lui a donné 2 millions en billets au porteur sur la caisse de Brandebourg. 11 y a trois ans qu'elle résiste à la passion du prince. Elle voulait être épousée de la main gauche, et je peux vous assurer que cela a tenu à peu de chose.
Mars. — Le prince Henry, piqué de n'être pas consulté pour les changements que le roi de Prusse voulait faire dans l'armée, a fait la démarche assez basse de prier M. de Bischofswerder (1) de demander pour lui, prince Henry, une inspection dans l'armée. Il y a eu refus écrit du Roi. Le prince, qui avait résolu de ne plus paraître à la Cour, s'est cependant rendu chez le Roi, son neveu. Il en a été bien reçu et a obtenu : d'une part, le maintien de ses aides de camp dans les cadres de l'armée; d'autre part, de pouvoir faire des voyages à l'étranger,
Juin. — Un lieutenant, commandant le poste'du pont de Gosverlache-Sluys à Krimpanerward, a empêché la princesse, épouse du stathouder, de continuer son voyage vers La Haye (2). Le roi de Prusse exige des réparations et menace d'envoyer des troupes en Hollande (3).
Juillet. — Si le pillage projeté à La' Haye avait eu lieu, on assure qu'au nombre des maisons désignées, se trouvait celle de l'ambassadeur de France.
Octobre. — A un bal qu'a donné la reine douairière, à l'occasion du jour de naissance de S. M. prussienne, bal où toutes les femmes
(1) Confident de Frédéric-Guillaume II.
(2) L'épouse du stathoudrr. Wilhelmine de Prusse, sœur de Fréd Guillaume II, était accompagnée de -Mlle de Starenberget des conit' s de Bintinek H il»' Uaiiihvyrk.
(3) De là, la formation en France du camp de Givet pour encourager les patriotes hollandais.