‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 48 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— attendu la rentrée à La Haye du stathouder — se sont montrées parées de rubans rouges, un nommé Maudrillon, se disant député des patriotes d'Amsterdam, est parvenu à pénétrer dans les appartements du palais, en s'annonçant comme étant chargé d négocier pour eux avec le ministère prussien. Le roi, l'ayant aperçu, a ordonné de le faire retirer, ce qui a fort réjoui l'assemblée. Aucun des ministres de Prusse n'a voulu recevoir cet homme.

Octobre. — Pour sauver l'honneur des troupes prussiennes qui ont perdu tant de temps devant Amsterdam, les Prussiens disent que, parmi la bourgeoisie de cette ville, il y avait 12,000 soldats français déguisés.

29 décembre. — Le comte de Romantzow, ministre de Russie, fait l'enfant. Il boude le Roi et la Cour. Il est retiré chez lui depuis plus d'un mois, sous prétexte de maladie. Afin de ne pas tomber malade, faute d'exercice, il monte à cheval dans les jardins de son hôtel.

Février 1788. — Il a paru le 4 ou le 5 de ce mois, une caricature représentant le roi de Prusse, conduit par le nez, par sa maîtresse, et laissant tomber de ses mains les suppliques de ses sujets, chassés à coups de canne par son valet de chambre Ritz (1). Au dessus du groupe, on voit l'aigle de Prusse, enveloppé dans un nuage obscur, et, par terre, une tête de mouton. Cette gravure s'est vendue jusqu'à 2 et 3 louis.

18 octobre. — Le roi Frédéric-Guillaume II joue, chaque jour, pendant deux heures, de la basse. La comtesse d'Ingenheim (Mlle de Voss) est grosse; ses femmes de chambre aussi. Telles sont les occupations du roi de Prusse.

Janvier 1789. — Le feu Roi avait ordonné qu'il fût construit, chaque année, à Potzdam et à Berlin, quarante à quarante-cinq maisons. Cet ordre a été supprimé. Le gouvernement a prohibé l'ouvrage De la monarchie prussienne, du comte de Mirabeau.

4 avril. — Mort de la comtesse d'Ingenheim, des suites de sa première couche. Elle est regrettée de tous, même de la Reine, qui craint surtout l'influence que va reprendre la maîtresse d'habitude, Mme Ritz, femme pour rire du valet de chambre du Roi.

30 juin. — Tout ce qui a accès auprès du roi de Prusse est vendu

(1) Ritz a épousé une jeune fille, maîtresse du roi, à laquelle, d'ailleurs, il ne lui a pas été permis de toucher. C'est celle qui, plus tard, a été faite comtesse de Lichtenau, que j'ai connue, forl igée mais toujours bien, à B.-rlin, en 1816. Elle a eu deux enfants de son royal amant : le comte de Lamarck, mort jeune, el une fille, la comtesse de Lamarck dont j'ai déjà parlé (voir chap. nj. qui, veuve et divorcée plusieurs fuis, épousa le capitaine Thierry (de Lamarck). [Note de mai 1853.)

à l'Angleterre. Les Anglais ont même auprès de Frédéric-Guillaume un médecin de leur nation, qu'ils ont fait agréer comme médecin de la Cour. Cet homme, par ses relations et ses fonctions, est un espion très intéressant pour l'Angleterre.

Janvier 1790. — Deux intrigants subalternes, les sieurs de Bischofswerder et de Welner, et une femme de quarante-cinq ans (1). Mme Ritz, forment ce qu'on appelle « l'intérieur du roi de Pru- Mme Ritz tient fortement au Roi, parce qu'elle a une fille reconnut' et légitimée (2). On dit qu'elle procure des maîtresses de passade au Roi, insatiable de plaisirs amoureux.

Mars. — Il est arrivé, à Berlin, un homme se disant fils de Cagliostro et venant pour implorer le roi de Prusse contre le pape en faveur du comte Cagliostro, son père, retenu en prison à Rome.

17 avril. — Malgré la vivacité de ses regrets, qui ont duré trois jours, on jugea que la perte de la comtesse d'Ingenheim n'était pas pour le Roi une perte irréparable. La princesse Frédérique, fille du Roi et de la princesse Elisabeth de Brunswick (3), ayant été des toutes premières à porter ce jugement — parce qu'il faut lui rendre la justice que, pour son âge, elle est une grande connaisseuse — désirant donner à son père une maîtresse de sa main, mit en avant une enfant, une de ses filles d'honneur, Mlle de Viérecke. Mais, quoique le Roi se donnât brunes et blondes, les blondes avaient en ce moment l'avantage, et Mlle de Viérecke, qui est brune, ne fut pas admise. Alors, il parut à la Cour une comtesse DânhofT, fille d'honneur de la Reine. Cette jeune personne, du blond le plus décidé, et jolie à la lumière, est un peu « citron en plein jour. Elle est devenue l'objet de la passion du roi de Prusse. Au lieu de chercher à soutenir la vertu de la comtesse Dânhoff par ses bons conseils, la Reine l'a accablée d'injures et de mots peu faim aux reines. Mlle Dânhoff qui ne méritait point les expressions dont la Reine la gratifiait, annonça qu'elle quittait la Cour et informa le Roi de la scène dont elle avait été l'objet. Elle retourna chez ses parents. Son absence accrut l'amour du Roi; Mlle Dânhoff reparut à Berlin, et, enfin, le 10 de ce mois, le Roi a épousé cette demoi^ elle à la face de l'Eglise. Le voilà à la tête de trois femmes : la Reine (4); la princesse qui vit à Stettin et de laquelle il s'est séparé par dn et par autorité du consistoire, pour une certaine habitude d'adul-

(1) J'ai lieu de croire que M. d'Esterno vieillit ici Mme Ritz de cinq ou six ans tout au moins. (Note de l'auteur.)

(2) Voir plus haut.

(3) Première femme de Frédéric Guillaume II, divorcée en 1769.

(4) Louise de Hesse-Darmstadt.

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