‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 50 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

considération que son frère Ferdinand, selon ce qu'il était persuadé, ne devait plus avoir d'enfants; il était de ceux qui pensent que la fin justifie les moyens. Aussi fit-il engager très cyniquement sa belle-sœur à prendre un amant. La princesse Ferdinand, étonnée du message, repoussa d'abord avec indignation cette proposition de « continuer la dynastie ». Le vieux chambellan, chargé de la délicate négociation, insista, et reçut, dit-on, de la princesse exaspérée, cette réponse : ic Monsieur, craignez, si vous insistez, que je n'en veuille pas un autre que vous pour remplir les instructions du Roi. » Quoi qu'il en soit, la princesse Ferdinand finit par écouter un plus jeune messager, le major de Schmettau (1), et, le 24 mai 1770, la princesse Louise (qui a épousé le prince Antoine Radziwill) vint au monde. ;

Sur ces entrefaites, le prince héritier avait divorcé d'avec la princesse Elisabeth de Wolfenbùttel (2) et s'était remarié en 1769 avec la princesse Frédérique-Louise de Hesse-Darmstadt, dont il eut, le 3 août 1770, un fils devenu le roi actuellement régnant (1826). Frédéric II, craignant que si ce jeune prince venait à mourir, son père, adonné aux maîtresses, n'eût pas d'autres enfants mâles de sa femme, favorisa la continuation des amours de M. de Schmettau. La princesse Ferdinand donna encore le jour à deux princes : en 1771, au prince Frédéric-Christian, et, en 1772, au prince Louis, ce prince brillant et aimable qui fut tué en 1806, à Saalfeld.. Le roi de Prusse paraissait trouver que c'était assez, et la. princesse s'arrêta; mais ce ne fut qu'un arrêt momentané : en 1779, elle donnait le jour au prince Auguste, aujourd'hui (1826) chef de l'artillerie, qui ne s'est jamais marié, mais a eu de plusieurs maîtresses un très grand nombre d'enfants naturels.

Cependant, le prince héritier de Prusse avait eu, en 1773, un second fils, le prince Henri (3). Aussi, Frédéric II, rassuré

1 1 ) Je ne sais si le major de Schmettau était le frère du lieutenant-gé ir.il de ce nom qui fut tué à Auerstaëdt. (Note de l'auteur).

(2) Cette princesse vil encore, retirée a Stettin. (Note de Vauteur, 1826.)

(3) Le prince Henri fie Prusse ''st fixé depuis longtemps en Italie à c de sa santé. [Note de routeur, mit).)

désormais sur l'avenir de la dynastie et songeant aux apanages qu'il faudrait pour tous ces enfants de la princesse Ferdinand, reçut-il fort mal M. de Schmettau, quand celui-ci vint, avec des transports de joie, lui annoncer la quatrième grossesse de la princesse, et il se laissa aller à dire : « Assez d'enfants comme cela, monsieur. Je vous l'avais déjà dit à la naissance du prince Louis. Si ma belle-sœur devient grosse une cinquième fois, je la ferai mettre dans une forteresse et vous dans une autre... » La princesse Ferdinand n'avait rien de caché pour les personnes de son entourage, et, dans sa mauvaise humeur contre le Roi pour un propos qui disait trop haut quel était le père de ses enfants, elle s'écria devant plusieurs individus, dont son médecin, le docteur Heine et la comtesse de Néal, sa première dame d'honneur : « Après tout, je n'ai fait que vous obéir (1). »

En voici assez, je pense, sur la princesse Ferdinand (2). Passons à la princesse Frédérique de Prusse. Celle-ci, devenue duchesse d'York en 1791, a eu des aventures galantes, comme jeune fille. En 1789 ou 1790, un fort beau jeune homme, M. de Schack, lequel était aide de camp du prince royal lorsque je suis arrivé à Berlin, mais qui, à cette date, était page de Frédéric-Guillaume II, fut surpris à Charlottenbourg par ce dernier, au moment où il sortait du lit de sa fille. Le Roi eut le temps d'administrer un coup de poing au jeune de Schack qui sautait par la fenêtre dans le jardin.

Mlle de Viérecke, n'ayant pu être maîtresse de Frédéric- Guillaume II, n'avait pas tardé à devenir celle du duc de Brunswick. Le titre d'un chapitre du manuscrit que, sous

(1) if tiens ces faits du vieux docteur Heine, ainsi que de Mlle de Zeuner, nièc • de la comtesse de Néal. Ces |> Tsonnes m'ont donc confirmé une anec- <l<il que m'avait déjà contée MM. Ancillon et de Maltzahn. [Note </■• l'auteur.)

(2) La princesse Ferdinand mourut le lo février 1820, ses funérailles furent splendides. Sa fille, la princesse Antoine Radziwill, laissa éclater des sanglot^ déchirants au moment où la lùéiv disparut sous la voûte du caveau funéraire, dans l'église du Dôme, aliénant au château du roi. (Note de l'auteur, 1826.)

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