CHAPITRE V
Napoléon, le colonel de Massenbach (1) a vendu si cher au L'niivernement prussien, était intitulé : De Vinfluence du sein de Mlle de Viérecke sur les résolutions du duc de Brunswick.
La princesse Elisabeth de Brunswick, première femme de Frédéric-Guillaume II, a eu des amants jusque dans un âge fort avancé. Lorsque j'étais à Berlin, notre légation a eu à s'occuper d'obtenir le congé définitif d'un musicien militaire français, déserteur, un simple fifre, que la vieille princesse (2) nommait son « maître de chapelle ».
La vieille Mme Ritz, devenue comtesse de Lichtenau, a fait de même, et son royal amant a eu beaucoup d'heureux rivaux. Le fils du comte de Lusace, le beau chevalier de Saxe, n'a pas, dit-on, langui longtemps.
La comtesse Dânhofî a eu deux enfants de Frédéric-Guillaume II : une fille qui a épousé le duc d'Anhalt-Cœthen et le comte de Brandebourg, actuellement (3) général-major et que le roi traite fort bien. Pendant mon séjour à Berlin, il a épousé une fort jolie demoiselle d'honneur, Mlle de Massenbach, qui avait beaucoup d'admirateurs; aussi, en nous annonçant son mariage, le comte de Brandebourg nous disaitil amicalement : « Je ne serai pas assez exigeant pour demander des compliments de votre part; je vous demande seulement de ne pas me garder rancune trop lon-
t TIipS. »
Je vais encore consigner quelques extraits de la correspondance du comte d'Esterno.
Mai 1790. — Le roi de Hongrie a écrit au roi de Prusse pour lui demander son suffrage pour obtenir la couronne impériale, ajoutant que si Sa Majesté prussienne a dessein d'y porter un autre prince dont l'élévation soit plus utile à l'Empire, vil la prie de lui communiquer son projet, parce uil lui donnera lui-même son suffrage.
16 mai. — Le comte de Schullenbourg, ayant reçu du roi de Prusse
(1) Ce colonel de Massenbach esl bien connu pour la part qu'il prit à la défection du général Ybrck (30 décembre 1812). (Note de l'auteur.)
(2) Bile avait, alors, toul au moins soixante-dix ans. [Note de l'auteur.)
une lettre d'un style assez ferme et qu'il ne méritait pas, s'est cassé la tête d'un coup de pistolet. On a retrouvé un billet de sa main, portant : « Je ne conseille à aucun de mes amis d'entrer au service d'un roi qui exige de ses ministres au delà de leurs forces et de leur probité. t>
En septembre 1790, le comte d'Esterno mourut des suites d'une morsure que lui avait faite, à la main droite, un petit écureuil familier. Il fut remplacé par le marquis de Moustier, mestre de camp, qui a été le dernier ministre de Louis XVI à Berlin. Il arrivait dans un temps difficile.
A partir de ce moment, je me bornerai à un résumé succinct de certains extraits des archives de la légation de Franc-.
Décembre 1790. — Le prince de Gonzague (1), qui se trouve à Berlin pour demander au roi de Prusse son appui contre l'Empereur « afin de pouvoir disputer l'Italie à la maison d'Autriche », battit sa f mme, au mois d'avril. De là, plainte à Frédéric-Guillaume II qui ne voulut point se mêler de ce différend conjugal; puis, plainte au ministre de France qui, bien que la princesse fût de Marseille (2), refusa d'intervenir. Plainte enfin au tribunal, qui* vient de décider que « S. A. le Prince ne pourra dorénavant battre sa femme à peine de cent écus d'amende ».
Février 1791. — Disgrâce de M. de Bischofswerder, à qui le roi a défendu de paraître devant lui. Le favori disgracié a obtenu de son souverain que Sa Majesté elle-même visiterait ses papiers.
10 mars. — Rentré en grâce de M. de Bischofswerder.
On apprend à Berlin la nouvelle de l'arrestation à Paris du juif Ephraïm, que le roi de Prusse entretenait secrètement dans la capitale de la France, pour lui envoyer des bulletins des nouvelles courantes. Ce même juif avait été précédemment envoyé dans le Brabant, lors de la révolution des Pays-Bas. A Paris, il chercha à exercer quelque influence sur les journalistes; il répandit beaucoup d'argent et tint, en plusieurs circonstances, des propos atroces sur la personne de la reine Marie-Antoinette.
Juin. — On apprend à Berlin le départ de la famille royale de France pour Varennes, dans la nuit du 20 au 21. Cette nouvelle produit une profonde sensation.
Août. — Annonce du mariage prochain de la princesse Frédé-
(1) Aloïs III de Gonzague-Castiglioni, dernier des Gonzague (ou Gonzaga).
(2) Elle était née marquise de Rangoni.