‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 52 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rique, fille du premier lit du roi de Prusse, avec le second fils du roi d'Angleterre, le duc d'York, qui se trouve incognito à Berlin depuis trois mois (1).

A la suite du décret d'avril de l'Assemblée nationale, qui abolit les livrées, le roi Louis XVI fait savoir à ses ministres à l'étrangerqu'ils pourront cependant continuer à faire porter sa livrée à leurs gens.

27 août. — « Sur les désirs et représentation de Monsieur frère du roi de France, et de M. le comte d'Artois », une convention est signée à Pillnitz, entre le roi de Prusse et Léopold II « pour employer, conjointement, les moyens les plus efficaces pour mettre le roi de France en état d'affermir, dans la plus grande liberté, les bases d'un gouvernement monarchique, également convenables aux droits des souverains et au bien-être de la nation ».

19 septembre. — Lettre du roi de France pour faire connaître qu'il a accepté la Constitution présentée par l'Assemblée constituante.

Février 1792. — Le roi de Prusse est persuadé que M. de Ségur, arrivé récemment ici, n'a été envoyé à Berlin que pour y fomenter une révolution semblable à celle qui éclate en France en ce moment (2).

De fausses instructions, dont les ennemis personnels de M. de Ségur ont envoyé des copies à Frédéric-Guillaume II, comme étant celles dont cet envoyé français est porteur, ont indisposé et prévenu le roi de Prusse contre le comte de Ségur. Il a été interdit aux membres de la famille royale de voir et de parler à ce gentilhomme, une fois les audiences de rigueur accordées. Chez le prime Ferdinand, il y a eu un grand dîner où ont été invités tous les ministres étrangers : le comte de Ségur a été le seul excepté. Le prince Ferdinand lui a fait faire en secret des excuses exprimant

qu'il n'avait pu l'inviter, mais qu'il ne partageait nullement « les sentiments du Roi». Ce que Frédéric-Guillaume II ne pardonne pas au comte de Ségur, ce sont certains bons mots que l'on prétend avoir été dit sur sa personne par l'envoyé français, pendant son séjour en Russie.

I.e duc d'York était a Berlin depuis le mois de mai, dans le projet, croyait-on, de srrvir dans l'armée prussienne, en cas de la guerre qu'on supposail imminente entre la Prusse e1 la Russie.

(2) Louis-Philippe de Ségur d'Aguesseau, fils aîné du maréchal. Ancien ministn- de France en Russie, où il avait conclu en 1787 un traité de commerce avantageux pour la France, el avait accompagné Catherine II dans ^"ii célèbre voyage de Crimée, le comte de Ségur avait été en >dï>d envoyé en mission ■> Berlin, en décembre 1791, dans le but de retarder la guerre

i-prussirniir. Malgré beaucoup d'obstacles, il réussit dans sa mission :

li guerre n'éclata qu'en juin 17'rj. [Note île l'auteur.)

Au printemps de cette année 1792, l'Assemblée législative nomma un successeur au marquis de Moustier. Pendant son court séjour à Berlin, M. de Custine, cet élu des jacobins, ne déploya point le caractère de ministre plénipotentiaire dont il avait la commission. Un jour, au moment où il se disposait à se rendre à Rheinsberg, chez le prince Henry de Prusse, un chambellan de Frédéric-Guillaume, M. de Schullenburg, vint avertir le chargé d'affaires de France que l'on avait résolu de le tenir confiné à Berlin.

Durant les trois années que dura la guerre entre la France et la Prusse (1), il n'y eut point, naturellement, de ministre français à Berlin et le premier successeur de M. de Custine, le sieur Caillard, n'arriva à son poste que le 28 vendémiaire de l'an IV, soit le 20 octobre 1795. La correspondance de ce ministre de la République, correspondance dont je donnerai, résumés, quelques extraits, montre que les ambassadeurs des monarchies ne sont pas les seuls à se complaire dans les récits scandaleux.

Juillet 1796. — Le motif du voyage que vient d'entreprendre à Pyrmont le roi de Prusse, sous le nom de comte de Hohenstein, est d'acheter au prince de Waldeck sa principauté, pour la donner à la jeune comtesse de Lamarck, fille naturelle qu'il a eue de Mme Ritz, créée comtesse de Lichtenau. Le Roi aime beaucoup la comtesse de Lamarck, belle jeune fille, en âge de se marier, et à laquelle il voudrait procurer un brillant établissement (2). Les compagnons de voyage du Roi sont : M. de Bischofswerder, M. Ritz, la comtesse de Lichtenau et la danseuse Schulzki, grosse, en ce moment, des œuvres de S. M. prussienne. C'est « en ce brillant cortège » que le roi de Prusse n'a pas rougi de se montrer devant le prince royal de Danemark et d'autres personnages distingués, alors en résidence à Pyrmont.

A son retour d'Italie, cette dame Ritz, que Frédéric-Guillaume a fait comtesse de Lichtenau, afin qu'elle pût être présentée à la

(1) Juin 1792 à avril 1795.

(2) J'ai dit plus haut, qu'après plusieurs veuvages et divorces, cette jeune et belle comtesse avait épousé un capitaine de cavalerie française, que j'ai beaucoup connu, M. Thierry (de Lamarck) auquel, à cette occasion, Frédéric-Guillaume II envoya l'ordre de l'Aigle rouge de la deuxième

{Note de l'auteur.)

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