‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 53 sur 205 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cour de Naples, trouva son mari, vivant avec une concubine nommée Baranius, femme pour laquelle Ritz, trésorier de la cassette particulière du Roi, faisait de grandes dépenses. Le sieur Ritz voulut épouser « la Baranius », bien qu'il ne pût douter que le Roi l'eût possédée plusieurs fois. Il chercha, en conséquence, à faire rompre son mariage. Le roi de Prusse intervint. La Baranius, avec laquelle, quinze jours plutôt, il se livrait à des orgies nocturnes, fut exilée à 30 lieues de Berlin.

Août. — On pensait en Prusse que, pour replacer la Pologne au rang des puissances, il aurait fallu en donner la couronne au prince Louis-Ferdinand, fils du prince Ferdinand et neveu du roi Frédéric-Guillaume, jeune homme qui semblait être né et fait tout exprès pour la nation polonaise. Ce prince Louis-Ferdinand est bouillant d'ardeur et de courage, plein d'espoir et de franchise, affable et généreux, grand, bien fait, d'une belle figure, réunissant enfin cet ensemble de qualités extérieures qui influent beaucoup plus qu'on ne pense sur les déterminations des hommes, lorsqu'ils sont rassemblés pour discuter les plus grands intérêts.

Le prince Louis de Prusse, dont parle ici M. Gaillard, a été iué le 9 octobre 1806 à Saalfeld, où il fut percé de neuf blessures. Il commandait, comme lieutenant-général, un corps de 8,000 hommes et attaqua l'armée française, malgré la défense du duc de Brunswick, généralissime. Il a laissé une fille naturelle (1), qui est élevée chez la princesse Louise, sœur du prince Louis et femme du prince Antoine Radziwill. C'est une charmante jeune fille que la princesse Louise Radziwill aime beaucoup.

Décembre. — Le désespoir de Ritz continuant toujours, sa maîtresse Baranius gagne du terrain chaque jour. Elle est venue à Berlin et à Potzdam. La comtesse de Lichtenau ne consent à la rupture de son mariage, qu'à la condition qu'elle sera présentée à la Reine et ira à la Cour. La Reine s'y est d'abord refusée; le Roi a insisté et a promis de payer les dettes de sa femme si celle-ci consent. Alors la Reine « prise par son faible », a acquiescé. La présentation (l>: li uintesse de Lichtenau est le pendant de celle de Mme du Barrv.

Décembre. — Le marquis de Moustier, jadis ministre de France

(1) En outre de cette Blanche 'l Wildenbourg qui esl mariée depuis longtemps, le princi Louis de Prusse a laissé un fils portant le même nom

qui i ••! ... tui llement consul général >!<■ Prusse en Syrie. (Note de 1844.)

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à Berlin, y revient comme émigré. Il est sans ressources. Le roi de Prusse lui a donné une petite propriété à la campagne et lui a envoyé, peu de temps après, 2,000 écus que le marquis a longtemps hésité à accepter, par excès de délicatesse.

Janvier 1797. — On annonce dans l'état du roi de Prusse les approches de l'hydropisie. Peut-être consentirait-il à suivre un certain régime, mais il n'en sera point de même pour l'abandon qu'on voudrait qu'il fit d'une nouvelle petite intrigue qu'il arrange. La jeune personne qui en est l'objet est la fille d'un jardinier « très jeune, très fraîche et très jolie ».

Mars. — M. de Bouflers, émigré, ne porte, ni la croix de Saint- Louis, ni lajcroix de Malte.

6 mai. — Ce « 17 floréal an V », M. Gaillard, écrivant au ministre des affaires étrangères à Paris, écrit Buonapartc, pour parler du jeune général de l'armée d'Italie. De même, le 4 prairial (23 mai).

A cette époque, M. Caillard demande et obtient du gouvernement prussien, que les émigrés français soient obligés de renoncer au port de la décoration de Saint-Louis, qu'ils auraient reçue du Prétendant.

Dans une soirée, chez la reine de Prusse, devant faire, avec la princesse de Gonzague et Mlle d'Eichstadt, une partie qu'il avait acceptée sans connaître le nom du quatrième joueur, M. Caillard, quand il sut que celui-ci était M. de La Trollière, émigré français, prit Mlle d'Eichstadt à part, pour lui faire observer que le ministre de la République française ne pouvait jouer avec un émigré français. La partie fut rompue.

Juin. — Le prince Henry de Prusse a tenu au ministre de France les propos suivants :

« Le prince royal n'a pas les formes extérieures pour lui. Il est un peu sauvage, ne s'énonce point avec grâce et facilité, et manque d'instruction dans presque tout ce qui est étranger à la science militaire. Il a, dans le caractère, une certaine sévérité que l'on serait quelquefois tenté de prendre pour de la rudesse et de la brusquerie; mais, dans un homme destiné à gouverner les autres, les formes extérieures ne sont rien quand l'intérieur est réellement bon (1). Or, chez le prince royal, l'intérieur est excellent. Lebrillant

(1) Le prince Henry de Prusse n'avait-il pas tort?... Les formes exté-

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