CHAPITRE VI
qu'elle la pince un peu. On a raconté d'elle ce trait amusant. Un peintre devant lequel elle posait pour son portrait, voyanl la peine que prenait la princesse pour rendre plus petite sa bouche si mignonne, lui dit : « Si Votre Altesse Royale me l'ordonne, je ne ferai qu'indiquer sa bouche par un point. »
Le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz est beau-frère du Roi de Prusse et l'un des personnages les plus en faveur près de lui. Il commande la garde royale et est fort aimé des officiers de ce corps. Sans être un général de premier ordre, il passe pour entendre parfaitement le métier des armes. Il a fait les dernières campagnes, pendant lesquelles il a eu, disent les Prussiens — dont j'ai dit précédemment les erreurs volontaires en histoire militaire — plusieurs succès dans des affaires de cavalerie.
Le duc qui a succédé au prince de Hardenberg comme président du Conseil d'Etat, est très écouté par le Roi qui adopte souvent ses conseils. Ce prince a joui longtemps de la confiance entière et non partagée de Frédéric-Guillaume III; et, bien que le général de Witzleben,aide de camp général de Sa Majesté Prussienne, possède aujourd'hui l'oreille de son souverain, le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz peut encore jouer un rôle important dans l'Etat.
J'ai dit plus haut, je crois, que ce prince aimait les danseuses de l'Opéra de Berlin et qu'il en était aimé. Il est aussi fort aimé à la cour qu'il anime par sa gaieté et son esprit. Souvent il donne au Roi des fêtes brillantes et offre à la société des représentations dramatiques en langue française, dans lesquelles il se charge toujours d'un rôle (1). C'est toujours à moi qu'il s'adressait pour de nouvelles pièces — comédies ou vaudevilles — que ce bon Désaugiers se faisait un
(1) Je dois à la vérité do dire que le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz m'a toujours semblé vouloir remplir des rôles de comédie, surtout pour profiter du laisser-aller des coulisses et des répétitions, qui établissaient nécessairement un»- certaine intimité entre « acteurs » et « actrices ». Ses rôles n'étaient jamais sus, et, notamment, à l'une des représentations données en 1821 par la duchi — de Cumberland pendant le Béjour de M. 'I.- Chateaubriand, le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz fut pitoyable dans Bon rôle du Ci-devant jeune homme. [Note <!<■ Fauteur.)
plaisir de nous expédier, avec force indications sur les détails des rôles; et, presque toujours aussi, je jouais la comédie avec le prince, soit chez le duc de Cumberland, soit chez Mme de Perponcher, soit chez lui-même.
Plus loin, quand l'occasion s'en présentera, je parlerai sans doute des autres princes de la famille royale de Prusse : le duc de Cumberland, le duc régnant de Mecklembourg- Strélitz et le prince de Hesse-Hombourg; et, pour l'instant, je continuerai mes notes, en passant en revue les membres du corps diplomatique avec lesquels je me suis trouvé en rapport durant mon séjour à Berlin.
France. — Le marquis de Bonnay, ministre; attachés : le comte Henry de Chastellux, le chevalier de Bourgoing, le vicomte de Flavigny. Puis successivement : M. le vicomte de Chateaubriand, ministre, et son secrétaire intime, M. Piorge; le comte de Caux, ministre par intérim; M. de Rayneval, ministre; attachés : MM. Adolphe Billecocq, de Montigny et du Manoir qui, un à un, avaient remplacé MM. de Chastellux, de Bourgoing et de Caux.
Grande-Bretagne. — L'ambassadeur, le chevalier Rose, était le chef d'une magnifique famille de douze enfants, s'habillant d'une façon toute particulière et constituant une curiosité de Berlin. Les plus jeunes des filles portaient des robes si décolletées et si courtes, qu'en voyant paraître, un jour, la dernière, dont le vêtement lui couvrait très peu le corps, Henry de Chastellux me dit : « S'il en vient encore une autre, on ne lui mettra plus qu'une feuille de vigne. »
La fille aînée avait épousé le premier secrétaire de la légation, sir Douglas; la seconde, Anna, d'une très grande beauté. mourut à Berlin. George, l'aîné des fils, savait, en notre compagnie, se départir du flegme britannique de rigueur chez son père. Il se destine à la carrière militaire et fera, à coup sûr, un des plus beaux officiers de Sa Majesté Britannique (1).
(1) En 1834, j'ai retrouvé à Dublin George Rose, alors mariée à une charmante femme. Il servait dans le régimenl de cavalerie commandé par le fils aîné de Walter Scott. (Note de 1843.)