‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 67 sur 205 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de Landabura, son frère; puis le chevalier de Yallejo, insupportable bavard. Comme attachés, je nommerai le chevalier de Zammorano, MM. de Leoni et de Quadrado et le marquis de Irruégas.

Sardaigne. — Le ministre, le comte de Castelalfer, était un ancien chambellan de la princesse Pauline Bonaparte. Il en avait été tellement épris, qu'il portait, dit-on, sur son cœur, un ancien soulier de cette belle princesse. Le secrétaire était son neveu, le comte de Pralorme. Après, j'ai vu là comme ministre, le comte de Sales, puis le marquis de Brème, et, comme secrétaire, le jeune comte de Massimino.

Deux-Siciles. — Le ministre, prince de Partana, était le fds de cette duchesse de Floridia, devenue la femme avouée de son roi. La princesse de Partana, née Gravina, femme magnifique et d'un tempérament ardent, a eu, on n'en peut douter, un engagement avec le prince Georges de Hesse. Le mari se montra fort jaloux, avant d'en avoir réellement sujet; cette jalousie tomba quand elle avait raison d'être. Un jour, la princesse de Partana, qui me savait fort avant dans les confidences du prince Georges, me dit naïvement : « La jalousie a cessé. Mon mari ne me tourmente jamais que quand il n'a aucun motif pour se montrer jaloux. »

Le prince de Partana eut pour successeur le marquis Gagliati. La belle princesse quitta Berlin fort regrettée de tous, vieux et jeunes. Peu après son départ, je causais d'elle et de ses grâces avec M. de Jagow, grand écuyer du Roi, homme d'un âge respectable. Quelle ne fut donc pas ma surprise d'entendre M. de Jagow s'écrier en un Français qu'il prononçai! affreusement : « Ah! Foui. La pelle princesse!... Que che regrette!... Que che regrette!... » Quoi!... Le vieux Jagow aurait eu les faveurs de l'ex-ambassadrice!... Je savais la splendide princesse jouir d'un tempéramment passionné, mais je ne pouvais lui supposer un aussi mauvais goût... Ou bien je supposais de mon côté que le vieux Jagow, pour se vanter, mentait rlfroutemenl. L;i suite .1rs propos <lr IY"iivr de Frédéric-Guillaume III me mit au courant. Ce qu'il regret-

tait dans le départ des Partana, ce n'était pas tant la princesse elle-même que les beaux dîners qu'elle donnait. Il fallait entendre le vieux gourmand Jagow s'extasier sur le souvenir de F « officier-glacier » des Partana!... Je dirai, à ce propos, qu'avant l'arrivée du marquis de Bonnay à Berlin, les glacis — du moins les bonnes glaces — étaient des articles de confiserie inconnus en Prusse. Le marquis, qui voulait sa légation montée sur un pied fastueux et digne du Roi qu'il représentait, avait amené de France tout un personnel de cuisine et d'office, dont un « officier glacier » qui, bientôt devenu célèbre à Berlin, avait, selon l'expression impudente qu'il eut l'aplomb d'employer devant le marquis de Bonnay, « bien voulu céder aux instances et aux supplications de Mme la princesse de Partana » et fait venir pour elle, à prix d'or, de Paris, un artiste de ses collègues.

Autriche. — Le comte Zichy, ambassadeur, a une femme charmante et d'un commerce agréable. Elle est honnête et vertueuse, et le prédécesseur du marquis de Bonnay, le comte Pierre de Vaudreuil, a perdu ses soins et ses sourires auprès d'elle, comme tous les autres audacieux.

Comme secrétaires de l'ambassade d'Autriche, j'ai vu successivement le baron de Werner, le baron de Hugel, puis le comte Edouard de VYalderdorff, homme gai et fort distingué qui fréquenta beaucoup la légation de France.

Bavière. — A la tête de cette légation était le lieutenant général comte de Rechberg, homme de bonne compagnie tout à fait, mais fort distrait. A Paris où, en 1814, il commandait les troupes bavaroises, le portier de son hôtel avait, quand le général sortait, adopté l'usage de placer à la porte un écriteau sur lequel — afin d'éviter de fréquentes réponses de même nature — il avait écrit : « Le général est sorti. » Un jour, en rentrant, le comte de Rechberg jette des yeux distraits sur cet écriteau, et, tirant une carte de visite de sa poche la donne au portier stupéfait, en disant : « Je reviendrai plus tard. »

Saxe. — Le ministre, baron de Globig, fut bientôt remplacé

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