‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 68 sur 205 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

par l'aimable lieutenant-général de Minckwitz, possédant une femme jolie et spirituelle (1). Le général de Minckwitz. aide de camp de son souverain, est, sous la direction de l'insupportable premier ministre saxon, le comte d'Einsiedel, actuellement (1825) chargé du ministère des affaires étrangères.

Hesse-Cassel. — Quand j'ai quitté Berlin, le chargé d'affaires de cette légation était M. de Wilkens, avec lequel nous étions fort liés.

Hessc-Darmstadt. — Pour mémoire, je dirai seulement que l'insignifiant baron de Senden représentait à Berlin cette insignifiante principauté.

Portugal— Le ministre, M. de Lobo, devenu comte d'Oriola, avait pour gouverneur de ses fils un jeune Genevois, nommé Ferdinand de Wegmann, qui, malgré l'infériorité de sa situation, a été, durant tout le temps de son séjour à Berlin, le favori des dames de l'aristocratie. On lui a prêté beaucoup , d'aventures galantes. En quittant les enfants du ministre de Portugal, il se chargea de l'éducation du jeune comte de Waldenburg, (ils naturel du prince Louis de Prusse, tué à Saalfeld en 1806. Aujourd'hui Ferdinand de Wegmann est fixé à Paris, où il est correcteur pour les langues savantes à l'Imprimerie royale.

Mecklembourg. — Ici commande le baron de Liitzow, homme de grande taille, de peu de moyens, mais tenant beaucoup à l'étiquette diplomatique, et réclamant sans cesse le maintien de tous ses privilèges. Du temps où il a été ministre à Paris, il était déjà connu par cette manie de rappeler, en toutes circonstances, ses droits comme membre du corps diplomatique, et le prince de Talleyrand disait de lui : « C'est un géant qui s'agite dans un bocal. »

Wurtemberg. — A la tête de cette légation, j'ai vu le général de Phùll, puis M. de Wagner.

Le général de Lestocq et M. de Greuhm étaient ministres

(1) Quelques mois après que j'écrivais ces lignes, cette délicieuse Mme de Minckwitz est morte à Dresde (juin 1825) d'une cruelle maladie intestinale. (Note de l'auteur.)

d'un tas de petites principautés allemandes, telles que Dessau, Cœthen, Bernbourg, Nassau, et autres. Il y avait aussi à Berlin des ministres résidents de Bade et des villes hanséatiques.

Je n'ai fait, avec intention, qu'énumérer plus haut les noms des membres de la légation française. Dans le cours postérieur de mes notes, des détails les concernant viendront forcément sous ma plume.

Maintenant, je continuerai en rappelant les noms des personnes — ou, du moins, du plus grand nombre d'entre elles — qui, avec le corps diplomatique, ont formé, pendant mon séjour de sept années à Belin, le fond de la société dans laquelle je vivais. Ce ne sera encore qu'une énumération, sans préjudice de détails que je donnerai, selon l'occasion et la complaisance de ma mémoire, peut-être de suite, peut-être beaucoup plus tard.

Je signalerai donc le prince de Wittgenstein, grand chambellan; le comte de Goltz, maréchal de la Cour, et sa femme, d'allures assez extravagantes, mère de Mines de Luckner, de Hardenberg et Mortimer de Maltzahn; le comte de Moltke, grand veneur, dont les filles sont fort bien; le comte de Néal, grand échanson, figure de singe habillé, qui joua à l'abbé de Baynal, grand conteur, le tour de prendre note de toutes les anecdotes qu'il narrait, en ajoutant bis, ter, etc.; M. de Maltzahn, maréchal de la Cour, marié en secondes noces avec une excellente et très belle femme; le comte de Bernstorff, chambellan, dont la femme reçut le prénom d'America parce qu'elle était née en Amérique pendant la guerre de l'Indépendance, alors que son père commandait l'un des régiments que l'Electeur de Hesse loua à cette époque aux Anglais. Je nommerai encore, le comte de Blankensee, chambellan, qui, ayant voulu produire au théâtre une pièce se terminant par ces mots : Jannner's voll tagf (ô jour de lamentations!), se vit sifflé dès le second acte et jusqu'à la fin; le baron d'Arnim, surnommé Pitt, long, maigre et taillé sur le patron de Don Quichotte; le comte Ingenheim, frère naturel du roi de Prusse; le comte

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