CHAPITRE VII
nières, bien que des mauvais plaisants l'aient surnommé le général Vilain ton »; aussi, le Roi fut-il fort surpris, et, de même qu'il l'avait fait l'année précédente pour Blûcher, il manda au général anglais que, lorsqu'il ferait venir ses canons pour i nfoncer les portes des musées, lui, Roi de France, irait se placer derrière les portes.
Un autre trait de la même époque fait encore beaucoup d'honneur à Louis XVIII. Je le tiens de M. de Rayneval, que sa position aux affaires étrangères a mis à même de le connaître.
Les souverains alliés s'étaient empressés de nommer le duc de Wellington maréchal dans leur armée. Le vainqueur de Waterloo fit savoir au roi Louis XVIII qu'il désirerait beaucoup obtenir le même titre en France. Le Roi refusa catégoriquement, en disant : « C'est fou ». Toutefois, voulant adoueir si m refus, il donna au général anglais — contrairement aux statuts, puisque le duc de Wellington est protestant — l'ordre du Saint-Esprit, dont il lui envoya l'insigne en une plaque de diamants, ne coûtant pas moins de 800.000 francs. Pour payer cette splendide plaque, Louis XVIII, il faut se hâter de le dire, pril 500,000 francs sur sa liste civile. En sus de ce présentée Roi donna, à cette occasion, au duc de Wellington, un service de porcelaine de Sèvres qui dépasse toute idée 'le somptuosité et de magnifîcence.
En général, les Français ne croienl pas <pi*il< mil eu, dans le due de Wellington, un ardent défenseur. Ceci, ils o ■ le sauront que plus laid, peut-être dans soixante ans, par les mémoires qui seronl publiés. En toutes circonstances, le duc anglais, tant en 1814 qu'en 1815, s'est opposé au partage de la France el à ce qu'elle fui phi> petite qu'en 1789. En cela, on il s'accordail absolument avec l'empereur Alexandre le due de Wellington était, du reste, mû peut-être par un sentimenl politique, uniquement; car il doit penser qu'il faul que la France reste une grande puissance 3ur le continent, pour balancer la puissance en progrès de la Russie,
celte de l'Autriche, el même celle de la Prusse. Quoi qu'on dise, nous devons savoir gré au duc de Wellington de s'être fail l'avocat de la France contre MM. de Humboldt, de Stadion el autres ennemis implacables de notre pays. Quant à l'empereur Alexandre, son rôle, en appuyant l'avis du duc de Wellington, a été tout de générosité. Le coup de pistolel tiré sur lui à Paris, en 1818, n'a point changé ses sentiments, el il s'est encore montré favorable à la France au congrès d'Aix-la-Chapelle ou furent réglés les détails de l'indemnité pécuniaire à payer par nous, ainsi que ceux du départ des troupes alliées de notre territoire.
Mais je retourne au marquis de Bonnay, et, puisque je suis sur le chapitre des anecdotes, en voici une des plus jolies que je l'ai entendu conter.
Kivarol, l'élégant écrivain, avait la faiblesse de se dire gentilhomme. Il avait émigré à Hambourg. Un jour, devant le duc de Castries, il parlait beaucoup de ce que les émigrés nobles devraient faire, donnait des conseils et disait, à tout moment, nous. Voyant le duc de Castries sourire, Rivarol s'arrêta dans l'exposition de ses doctrines politiques et militaires, et dit au duc de Castries :
— Monsieur le maréchal, que trouvez-vous donc de singulier à ce que je dis?...
— S'il faut vous le dire, monsieur, c'est le pluriel...
Ce qui frappait le plus dans les détails journaliers de la vie de mon vénère chef, c'étail la ponctualité scrupuleuse et dégénéranl quelque peu en manie, qu'il apportait constamment et partout, dans les grandes comme dans les petites choses. 'Je l'ai vu, par exemple, fort méeuntent. parce que Paul de liourgoing, auquel il avail donné Tordre de se mettre en route pour Paris à midi, était en retard d'un quart d'heure. I levant nous, le marquis dit à Bourgoing de son Imi le plus raide : Monsieur, il est midi un quart. Je vous avais dit de partir à midi; or, midi, dans ma langue, c'est douze heures (1). »
(1) C'est, si je ne me trompe, lf soir do cette algarade donnée à notre collègue i t ami, que le marquis de Bonnay, se plaisantant lui-même, impro-