‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 83 sur 205 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'essayer une paire de bottes, dont l'une était fort serrée. Aussitôt, sous prétexte que M. de La Ferronnays lui avait donné l'adresse du bottier, il manifesta une violente colère, s'en prenant au gentilhomme français. Sous le fait de cette botte qui n'allait pas. il y avait évidemment quelque complot ourdi contre sa vie!...

La veille de son départ d'Hartwell, Gustave IV fit encore une affreuse scène à M. de la Ferronnays, auquel il tint des propos solennels et incohérents, voulant lui remettre une superbe épée que, tour à tour, il lui rendait, lui disant : « Prenez ceci en souvenir de votre attachement et de ma reconnaissance; c'est tout ce qui me reste de ma splendeur ». Puis, l'étrange ex-Roi reprenait son épée et criait: «Misérable!... < >-<riez-vous me dépouiller à ce point?... Ma belle épée n'estelle pas l'insigne de mon autorité?... »

Deux années plus tard, le comte de La Ferronnays se retrouva face à face avec le pauvre Roi errant et toujours halluciné. C'était au soir de la bataille de Leipsig. Devant la misérable auberge où il dînait, M. de La Ferronnays vit s'arrêter une voiture. C'était l'ex-roi Gustave IV, venant, seul avec son postillon, de traverser le champ de bataille. Les yeux hagards et riant d'un rire d'insensé, il interpellait le comte de La Ferronnays et se moquait de tous les souverains coalisés, obligés de battre en retraite : « Ah! ricanait-il, autrefois ce pauvre Brunswick avait aussi déclaré qu'il battrait Napoléon!... » Et, abandonnant son ton de moquerie pour en prendre un solennel, le prince insensé avait ajouté : « Que n'ai-je été là avec ma bonne épée!... Je leur aurais montré comment on bat Napoléon!... »

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