CHAPITRE Vfll
valeur militaire^qu'ils ont été plus longtemps annihilés par li - armées impériales. Nous les entendrons — j'en suis certain — vanter devant nous leurs récents succès. Ils croiront ainsi nous faire plaisir, à nous, représentants des Bourbons... Je vous le répète, ce sont de braves gens, et, cependant, beaucoup d'entre eux. dont les plus instruits et les plus intelligents, vous blesseront souvent, sans aucune mauvaise intention, par des propos qui, chez nous, paraîtraient inconsidérés, alors que, chez eux, ils seront motivés par la pensée de vous être agréable... En un mol, jeune homme, vous trouverez chez les Allemands nombre de personnes instruites et bien élevées, mais vous ne mettrez peut-être pas, à Berlin, la main sur un seul homme de tact. Dans leurs anecdotes, les plus distingués d'entre les Berlinois, désirant être aimables, dépasseront souvent la mesure, s'ils veulent faire de l'esprit... Soyez donc averti. Ne vous laissez pas emporter par votre fougue et votre jeunesse. Là où vous aurez cru voir quelque allusion blessante pour votre pays ou pour un de vos amis, il n'y aura eu qu'un trait d'esprit des lourds Allemands... J'ignore si les Allemands conquerront un jour notre sol, c'est le secret de Dieu, mais ce que je sais, c'est qu'il y a une chose impalpable qu'ils seraient bien en peine de nous prendre : aotre esprit... Tout ceci n'est pas pour vous dire de supporter toutes insultes. Si nous devons être dignes et réservés, nous devons aussi tenir haut le drapeau de la France. Pas de quer< Iles suscitées par nous, mais pas d'insultes envers notre pays ou nos personnes!... Je suis votre chef; en toutes choses, ayez confiance en moi comme j'ai confiance en vous... »
Je n'avais eu garde d'oublier ces justes el fières recommandations du marquis de Bonnay (1). Leur souvenir fut pour moi un guide sûr durant mon séjour à Berlin. Que de fois j'ai eu l'occasion d'en appréi ier le bien-fondé, en entendant • les princes el des généraux prussiens énoncer devanl moi, royarU me juin' plaisir, «les « corbleu », « sacrebleu ».
(l) Paul de Bourgoing m'a dit que le marquis de B ay lui avait tenu,
me époque, un discours analogue. [Note de Vautour.)
« sacredieu » et autres grossières locutions soldatesques, ou, faire; en plein salon, à des femmes du meilleur monde, des plaisanteries qui, en France, ne sont de mise que dans le bas peuple!... Et, que de fois mes sentiments de Français on1 failli être choqués par les lourdes vantardises d'officiers prussiens se croyant invincibles depuis Waterloo!... Alors, en c< pénibles moments, je me répétais tout bas les paroles «lu vieux marquis de Bonnay : « Oui, me disais-je, riez à votre aise, bons Allemands! J'ignore si un jour vous conquerrez notre sol; c'est le secret de Dieu; mais ce que je sai>. c'est qu'il y a une chose impalpable que vous seriez bien en peine de nous prendre : notre esprit.... »
Je demande bien pardon aux Berlinois de cette digression sur la vantardise et le manque de tact de plusieurs d'entre eux, et, après une déclaration aussi ardue, je me bât»' de dire que les relations enviées et charmantes que j'ai eues à Berlin ont contribué à m'en rendre le séjour infiniment agréable.
Très fréquemment, il m'est arrivé de rencontrer dans le monde les princes, et notamment, le duc et la duchesse de Cumberland, le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz. le grand-duc régnant du même nom, le duc de Hesse-Hombourg. personnages dont j'ai peut-être déjà parlé ou dont les noms reviendront sous ma plume.
Le grand-duc Nicolas de Russie m'a toujours trait' avec une bonté particulière, pendant les divers séjours qu'il a faits à Berlin. Si, par une circonstance fortuite, il devenait un jour Empereur de Russie, il aurait, j'en suis convaincu. Ii mêmes bontés, si j'avais l'honneur de lui faire ma cour (1).
A la suite de S. A. I. le grand-duc Nicolas, se trouvaient en 1821 deux personnes avec lesquelles je me liai particulièrement : le colonel Perowski, son aide de camp, et le comte
(1) Je ne pouvais me douter que, si peu de temps après avoir Irai lignes, cette circonstance fortuite se produirait. Depuis deux mois, ce prince est devenu empereur de Russie, à la mort du tsar Alexandre, son Frère, le grand-dur Constantin ayant renoncé à la couronne. [Note de février '