‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 88 sur 205 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

nous n'aurions pas réduit une actrice à cette honte di traîner à g< nous devant le public; non certes, nous...

— Oui. J'entends bien. A Paris, d'une coupable vous auriez fait une héroïne à laquelle vous auriez fait une ovation. Vous l'auriez couverte de Qeurs...

[ci un silence.

— Vous vous taisez, Cussy. J'ai donc raison. Voyez-vous, il y a dissemblance totale entre les caractères prussien • | français. Vous3 vous êtes un peuple galant et spirituel. Les Allemands sont gens positifs et de réflexion. Mme Stick eûtelle pris trois ou quatre amants discrets, que la pruderie allemande >'ût accepté la chose, mais, ce qu'il ne fallait pas pour les gens pesants d'ici, c'était un scandale. Notre belle et intéressante tragédienne peut encore s'estimer heureuse d'en être quitte à si bon compte. Avant la Révolution, le bourreau l'eût fouettée sur la scène.

Pendant l'hiver, il y avait, tous les quinze jours, chez le marquis de Bonnay, un grand dîner de trente couverts. Chaque dimanche, le marquis recevait à sa table une douzaine de personnes amies, toutes instruites et de conversation intéressante. C'étaient, par exemple, le docteur Heine (1) le professeur Lichtenstein, MM. Ancillon et de Chamisso; et, comme dames. Mlle de Bischofswerder, sœur de l'ancien favori du feu Roi, les comtesses de Néal et de Reede. Le dimanche soir, jour fixe de réception, un toute la société choisie était invitée une fois pour toutes, et où je n'ai jamais vu moins de soixante à quatre-vingts personnes, après le thé, on jouait, on faisait des loteries, on entendait un peu il'' musique, on prenait force rafraîchissements et glaces, puis on se retirait vers 11 heures. Une seule table de joueurs restail a souper: celle de la vénérable comtesse Golowkin,

(t) Ce Heine, qui est devenu un littérateur allemand si célèbre et que j'ai revu il y a quelques années à Paris r>ù il collaborait à la Revue des Deua \l>iiul<->. n'était alors qu'un jeune homme de vingt-deux a vingt-trois ans, de manières rort distinguées, donl on vantait la grande instruction el qui avait une certaine notoriété d'original prêt hant I - do< trinea du libéralisme français. (Note de 1843.)

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bonno vieille dame de quatre-vingts ans passés (1) dont on soignait les goûts et les plaisirs. Elle fit faire, un jour, son portrait lithographie, dans lequel elle était représentée à sa table de tapisserie, ayant en face d'elle la grenouille qui lui servait de baromètre. Je me souviens encore parfaitement du joli quatrain suivant qu'improvisa devant ce portrait le marquis de Bonnay, la première fois qu'il le vit :

Son esprit n'a point de vieillesse, Le temps respecte sa santé, Tout l'amuse, tout l'intéresse :

Des amis, un boston, sa grenouille et du thé.

La vieille comtesse Golowkin était fort originale. C'était elle qui faisait sérieusement la guerre à M. de Chateaubriand parce qu'il avait fait mourir Atala. Dans les premiers jours qui suivirent la visite d'arrivée de M. de Chateaubriand chez elle, sa demoiselle de compagnie racontait, par son ordre, à tout entrant, les détails de cette visite. A l'époque du procès de la Reine d'Angleterre (2) et do ses amours avec Bergami, s'étant aperçu que sa demoiselle de compagnie sautait de longs détails scabreux, elle se fit lire les journaux par son vieux cocher, qui s'acquittait de sa mission comme le vieil invalide de Ma tante Aurore. Elle suivit le même procédé lors des couches de Mme la duchesse de Berry.

Avant de parler de nouveau des membres de la société berlinoise, je veux donner ici quelques détails sur mes collègues de la légation de France.

Le chevalier Paul de Bourgoing est le fils de feu le baron de Bourgoing, ce modèle des diplomates qui, après avoir été successivement ministre de Louis XVI à Copenhague et à Madrid, où il était encore le 12 août 1792, fut ministre de Napoléon à Dresde, fonctions qu'il remplit avec une telle autorité et une telle adresse jusqu'à sa mort à Carlsbad, en 1811, que l'Empereur le déclarait « irremplaçable ». Paul

(1) Morte en 1822, âgée de quatre-vingt-cinq ans. [Note de Fauteur.) (i!) Caroline de Brunswick, épouse d IV, dev< nu roi d'Angli t< rre

le 31 janvier 1820. Ce. procès bi andaleus eu1 lieu en cette même année 1820.

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