‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 89 sur 205 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

de Bourgoing a fait, très jeune officier, plusieurs des campagnes de l'Empire, et, notamment, celle de Russie. Il était encore aide de camp du maréchal Mortier, duc de Trévise, quand, en 1816, il fut attaché à la légation de France à Berlin, en qualité de second secrétaire. Il a écrit sur la campagne de Russie un petit roman assez gracieux, intitulé : Le prisonnier en Russie. Il fait les vers avec facilité, mais sa muse le pou--' parfois vers des élégies un peu ampoulées, telle son Elégie sur la mort d'un ami.

Bourgoing a failli rester sous les neiges de la Russie. Quelques jours après le passage de la Bérésina, épuisé de fatigue, transi de froid et mourant de faim, il s'était couché sur la route glacée, attendant et souhaitant, m'a-t-il dit, la mort. Par un bonheur providentiel, son frère, Armand de Bourgoing, officier d'une haute distinction, alors aide de camp du maréchal Ney, accompagné d'un de ses parents, le capitaine Auguste de Talleray, du 23e dragons, passent en traîneau près de lui et le reconnaissent. Ils le prennent avec eux et le conduisent aux ambulances. Transporté jusqu'à Wcymar, atteint de la fièvre épidémique qui enlevait un si grand nombre de soldats, il ne tarde pas à tomber dans un état tel que, pendant quelques heures, il passe pour mort, et ce n'est que sur l'énergique opposition de sa garde-malade qu'il n'est point livré au lugubre tombereau qui enlève les cadavres. Instruit par hasard du séjour d'un Bourgoing dans les hôpitaux de sa capitale, le grand-duc de Saxe-Weymar, qui a gardé un excellent souvenir de Y irremplaçable Bourgoing. envoie son médecin particulier auprès du moribond qui, bientôt, recouvre la santé et peut regagner la France.

En 1814, Bourgoing était aide de camp du maréchal duc de Trévise, dont le corps d'armée était échelonné entre Fontainebleau et Paris, pendant que les troupes du duc de Raguse. plu- rapprochées <le Paris que celles du duc <le Trévise, formaienl l'avant-garde du corps commandé personnellement par l'Empereur. Le maréchal Mortier avail donné à Paul de Bourgoing une mission qui l'avail tenu éloigné

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pendant deux jours. A son retour, à la demande que lui adresse le maréchal sur la rencontre qu'il a dû faire du corps Marmontj Bourgoing, étonné, répond qu'il n'a pas vu un soldai français depuis Paris. En effet, dans la nuit précédente, le duc de Raguse avait, sans ordres, abandonné sa position el conduit ses troupes du côté de Versailles, laissant ainsi à découvert, et sans lui en donner avis, le maréchal Mortier. Sur-le-champ, Paul de Bourgoing est dépêché à Fontainebleau et c'est par lui que l'Empereur est instruit de la défection de Marmont.

Paul de Bourgoing est un peu excentrique; il a de la facilité, de l'esprit et possède un aplomb et une confiance en son étoile qui le feront certainement réussir, quelles que soient les circontances (1). Assez sarcastique, il se laisse aller parfois à des bons mots qui blessent ceux qui en sont l'objet. Un jour, nous avons eu l'épée à la main; le comte de Chastellux, plus • aime que nous, a su empêcher un duel que rien de sérieux ne motivait. Sauf ce nuage passager, nous avons fort bien vécu ensemble et sommes restés amis. Après dix-huit mois de séjour à Berlin, Bourgoing fut envoyé à Munich et je le remplaçai comme second secrétaire de la légation.

Par une circonstance fortuite, j'eus, durant mon séjour à Berlin, le plaisir de faire bénéficier Paul de Bourgoing d'une faveur dont il m'a dit qu'il me garderait toujours de la reconnaissance (2). En avril 1814, quelque temps après l'entrée des alliés dans la capitale, j'avais rencontré à Y hôtel des Princes, près de mon bon général Janssens, un officier suédois de ses amis, qui venait d'arriver à Paris, accompagnant

(1) Je ne croyais pas si bien dire. Pair de France sous Louis-Philippe, Bourgoing était ministre de France à Munich, à l'époque du 24 février 1 8 » 8 . Il a cherché immédiatement à être réemployé, et, bientôt, il a obtenu le poste d'ambassadeur à Madrid. Actuellement, il est sénateur. [Note de mai 1853.)

(2) Voilà trente-six ans bientôt que Bourgoing me faisait cette belle protestation! Demièremenl je me suis adressé a lui pour taire débuter mon fils dans la carrière diplomatique. Ce vieil ami, ce sénateur impérial, peraona grata de Napoléon III. m'a fait répondre par un secrétaire qas, pour le moment, il n'y fallait pas songer... (Note de mai 1853.)

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