CHAPITRE VIII
l'ex-maréchal Bernadotte, alors prince royal do Suède. Devant moi, l'officier suédois avait raconté que son maître devait remettre la croix de 1' « Epée » aux deux fils aînés de feu le baron de Bourgoing. Pour je ne sais quelle raison, cette promesse n'avait pas été tenue. Or, en 1817, le général français Camps (1), aide de camp du prince royal de Suède, vint, pendant quarante-huit heures à Berlin, chargé d'une mission secrète pour le gouvernement prussien. Ce général, me rencontrant chez M. Ancillon, fut enchanté de pouvoir cau-< t avec un compatriote. Le soir même il partait, me laissant un mot par lequel il me faisait savoir, qu'aussitôt rentré en Suède, il prierait le prince royal de me porter sur un état de distribution de croix de 1' « Epée ». Elevé à l'école du marquis de Bonnay qui refusait toute décoration étrangère, je suis peu sensible à ces hochets (2), et, en outre, n'ayant jamais rendu aucun service à la Suède, j'estimais que le fait de recevoir la croix de 1' « Epée » me couvrirait de ridicule. Je me souvins alors de la promesse faite devant moi à V hôtel des Princes, trois ans auparavant; j'en informais le général Camps, et, quelques mois plus tard, mon collègue Paul de Bourgoing recevait, ainsi que son frère Armand (3), la croix de P « Epée ». En m'en avisant, le général Camps m'ajoutait que, si le troisième des frères Bourgoing, Honoré (4), n'avait pas bénéficié de la même faveur, c'est qu'il était trop jeune e1 qu'il n'avait point, d'ailleurs, le grade de capitaine, dont il est nécessaire, selon les statuts de l'ordre, d'être titulaire, pour recevoir la croix de P « Epée ». Etant aide de camp du général Janssens, puis à l'état-major des gardes du corps, j'avais déjà eu l'occasion de rendre des services du même genre à plusieurs de mes amis (5), mais je n'avais vu aucun
(1) Ce Camps était, m'a-t-on dit depuis, le frère de lait de Bernadotte. (Note de 1835.)
(2) La longue liste des décorations du chevalier de Cussy prouve que lui> pour sa part, n'a pas refusé toute décoration étrangère. [Note de Féditeur.)
(3) Mort il y a longtemps, laissanl an fils. (Note de mai 1853.)
(4) Aujourd'hui colonel de dragons. [Noie de mat 1853.)
(5) Voir chap. i et n.
d'eux témoigner d'une joie semblable à celle de mon collègue. Ce fut une véritable joie d'enfant et, vis-à-vis de moi, <!<• chaudes manifestations de reconnaissance; tout cela peu en rapport, à ce que j'ai toujours pensé, avec une distinction obtenue, non par son mérite personnel, mais grâce aux excellents souvenirs de son père, et grâce aussi à... moi-même.
Mon aîné de quelques années (1), Paul de Bourgoing avait débuté dans la carrière diplomatique à la même époque que moi, et, également, sous les auspices de feu le marquis de Bonnay. Celui-ci, tout en affectionnant Bourgoing, ne prisait pas très haut son mérite. Si nous ne l'avions déjà su, nous l'aurions appris par les réflexions qu'il nous fit quand notre collègue quitta Berlin pour Munich : « Le défunt baron de Bourgoing était un diplomate fort distingué. Je ne puis dire : tel père, tel fils, car notre ami Paul a, pour un homme d'Etat, trois grands défauts : son excentricité, son caractère inégal et son inexactitude. Mais, comme il est intelligent, travailleur et adroit, il tirera toujours son épingle du jeu. »
J'ai eu, à plusieurs reprises, l'honneur de présenter mes devoirs à la mère de mon ami. C'est une femme d'une éducation parfaite et de grande capacité; elle est actuellement surintendante de la maison d'éducation de Saint-Denis.
A mon arrivée à Berlin, en 1816, le poste de premier secrétaire de la légation de France était occupé par le comte Henri de Chastellux dont j'ai déjà parlé. Au retour des Bourbons, Chastellux m'avait présenté dans sa famille, à Paris, et j'avais
(1) Voici, d'après les archives des ministères de la guerre et des affaires étrangères, le résumé des états de service de Paul-Charles-Amable. chevalier puis baron de Bourgoing.
Né à Hambourg, le 19 décembre 1791, élève de Saint-Cyr le 29 avril 1809, sous-lieutenant au bataillon d'instruction do la garde impériale le 29 mars 1811, sous-liautenant au 5e régiment de tirailleurs de la garde le 24 juin 1811, lieutenant adjudant-major au 9e régiment de tirailleurs de la garde le 1er mai 1813, capitaine le 23 décembre 1813, aide de camp du duc de Trévise le 30 mars 1814, démissionnaire en 1815. Deuxième secrétaire d'ambassade à Berlin en 1816, puis à Munich et à Copenhague en isis. premier
tiiire à Berlin en 1823, puis à Saint-Pétersbourg en 1827, ministre pl< nipotenfiaire à Dresde en 1832, puis à Munich en l834.Pair de France en 1841. Démissionnaire à la révolution de 1848, ambassadeur à Madrid en 1849, sénateur le 31 décembre !*■">-■ Mort à Paris le 16 . » • • i"i t 1864.