‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 91 sur 205 · CHAPITRE VF II · texte numérisé non relu

CHAPITRE VF II

ainsi fait la connaissance du brave et malheureux colonel de La Bédoyère, son beau-frère. Henri de Chastellux est un garçon réservé, d'allures et de manières aristocratiques, possédant du tact et du jugement. Ses chefs l'appréciaient fort et il était liés aimé de tous ses collègues, ainsi que de la été berlinoise. Il se lie difficilement, mais, une fois donnée, son amitié est de celles sur lesquelles on peut compter.

En 1818, Henri de Chastellux quitta Berlin. Peu après, il épousail Mlle de Duras et prenait bientôt le nom et le titre de duc de Rauzan. Quand je le vis à Paris, à la fin de l'année 1823, il était directeur des travaux politiques au ministère des affaires étrangères et me demanda si la place de chef du bureau du chiffre ne me plairait pas. Le vicomte de Chateaubriand, son ministre, et lui-même, projetaient une réorganisation des bureaux, et, notamment, la mise à la retraite de M. Campi, bon vieillard, vraiment un peu trop retombé dans l'enfance pour continuer à remplir utilement l'emploi de chef de bureau du chiffre qu'il tenait depuis quarante ans. C'est alors que le duc de Rauzan me dit, moitié sérieusement, moitié plaisantant: « Mariez-vous donc, Cussy! Vous aurez le bureau du chiffre et vous deviendrez duc ». Je ne suis pas encore marié, je ne suis point duc et ne le serai jamais; mais j'eus certainement été nommé au poste où voulait me porter le 'lue de Rauzan, si quelques mois plus tard, mon ami n'avait pas quitté le ministère où il ne voulut pas rester un instant, après l'indigne procédé dont était victime son chef, M. de Chateaubriand. En temps opportun, je compte rapporter en détail ce brutal renvoi du 5 juin 1824.

Le comte Henry Roger de Caux fit l'intérim de chargé d'affaires de notre légation de Berlin, pendant le temps assez long qui sépara le départ du marquis de Bonnay de l'arrivée «le M. de Chateaubriand. C'est un homme d'une quarantaine il". mnées, de petite taille et de jolie figure. Il est fini distingué el possède un caractère gai, fac le el obl'geant. Nuire vie commune a Berlin ;i été toujours celle <l" deux frères. Il esl resté a Berlin jusqu'au mois de mais 1823, époque à laquelle il fut

envoyé en Espagne auprès du duc d'Angoulême. Depuis, il a épousé Mlle de Varange (1).

Descendant d'une très ancienne famille du Languedoc, Henry de Gaux a pour père un vieillard âgé de 85 ans, encore fort actif, auquel j'ai fait une visite à Garcassonne, en 1823. Ce vieux comte de Caux était embarqué comme garde-marine, à la fin de la guerre de Sept ans, sur un vaisseau qui fut pris par les Anglais. A la paix il rentra dans sa famille qu'il ne quitta plus désormais. A la Restauration, en récompense de sa fidélité aux Bourbons, il obtint d'être nommé capitaine de vaisseau honoraire. Et, chose bizarre! dans la conversation, ce vieux gentilhomme préférait de beaucoup être qualifié de ce titre de capitaine qu'il n'avait obtenu que par faveur, que de celui de comte qui lui était transmis par une longue suite d'aïeux. L'ancien évêque d'Aire, qui a été l'un des chefs de ce qu'on a appelé « la petite église », était l'oncle de mon ami Henry de Caux. Celui-ci a un frère un peu plus jeune que lui, qui porte le titre de chevalier et est actuellement bibliothécaire de la Chambre des députés. Fort instruit, d'ailleurs, il est laid, contrefait et très bossu, ce qui ne l'empêche pas de raconter à tout venant des histoires inouïes de bonnes fortunes, car ce petit bossu est très avantageux et croit que toutes les jolies femmes sont amoureuses de lui.

Comme le marquis de Bonnay, Henry de Caux déteste la famille d'Orléans. Je l'ai entendu dire plusieurs fois que, sous ses dehors modestes, le duc d'Orléans désire être Roi e1 qu'il saisira la première occasion de nuire aux Bourbons (2).

(1) Henry de Caux n'a pas été très heureux avec Mlle de Varange, d'après ce que m'ont dit les personnes qui ont vu cet intérieur. Je n'ai jamais rencontré Mme de Caux qui, peu d'années après la mort de mon ami, a épousé le duc de Valmy, petit-fils du maréchal Kellermann. En revanche» j'ai vu fréquemment sa sœur. Mlle Albine de Varange, aimable et belle personne, chantant bien, ayant une peau blanche magnifique, mais malheureusement des cheveux très roux. Elle a épousé l'amiral de Mackau. (Note de 1853.)

(2) Henry de Caux est resté fidèle à ses convictions politiques. En juill< t 1830. étant ministre de France à Hanovre, il a donné sa démission, ne voulant pas servir les d'Orléans. Ayant quatre enfants et peu de Fortune, cela lui fait beaucoup d'honneur. (Note de 1835.)

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