‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 17 sur 85 · DIVERTISSEMENTS DE GROSBOIS · texte numérisé non relu

DIVERTISSEMENTS DE GROSBOIS

ensuite dans les bois qui commencent à la grille du château pour se continuer par d'autres bois d'assez grande ôtendue. Après le déjeuner, chiens, piqueurs, veneurs, cavaUers et dames s'élancèrent à la poursuite de l'animaL craignant bien que pendant la nuit il n'eût gagné du pays et ne dût les faire beaucoup courir.

Comme je n'ai jamais aimé particulièrement la chasse à courre, je restai avec quelques dames qui s'étaient bornées à accompagner les chasseurs jusqu'au dehors de la grille. Le temps était superbe et je rentrais tranquillement au château en cette agréable société, quand ^nous aperçûmes le timide chevreuil couché paisiblement au milieu d'un buisson. Nous l'eûmes bien vite entouré : ces dames le prirent et le caressèrent : il se défendit peu, car il était apprivoisé. Elles attachèrent leur prisonnier et le conduisirent dans une chambre du château contiguë au salon. Là, Tallita et moi eûmes bientôt fait d'orner ses bois d'une couronne de roses et d'entourer de rubans ses membres délicats. Jugez avec quelle impatience nous attendions le retour des chasseurs ! Ils arrivèrent enfin harassés de fatigue, nous racontèrent tous les tours et détours du chevreuil, ne tarissant pas en éloges sur les chiens qui avaient merveilleusement chassé et qui eussent infailliblement forcé l'animal si la chasse se fût prolongée. Comment vous dépeindre le plaisir que nous éprouvions à écouter les chasseurs s'étendre avec complaisance sur les louanges qu'ils se donnaient ainsi à eux-mêmes? Cela eût duré indéfiniment, si la porte du salon s'ouvrant tout d'un coup n'eût donné passage à des serviteurs en livrée por-

tant, sur un coussin de velours qui fut déposé aux pieds de Barras, l'innocent animal tout enguirlandé. Mais la pauvre bête effrayée par Téclat des lumières et les voix de tout ce mondé eut vite fait de bondir sur ses pieds. Il s'en suivit une scène burlesque au possible, quand, chacun par un instinct naturel reprenant son rôle, d'Hanneucourt se mit à sonner la vue : Girardin animait de la voix piqueurs et chiens, criant Ravageot. Faraud, etc.. tandis que les veneurs couraient dans le salon après la bête. Ce fut, pendant un instant, un tumulte indescriptible, un bruit à n'y pas tenir ; enfin le chevreuil, après cent tours fut saisi ; d'Hanneucourt sonna la bête à bas et un silence profond succéda au charivari. Puis, tous de se regarder en éclatant de rire et de convenir qu'on ne s'était pas autant amusé de la journée. Nous donnâmes le mot de l'énigme; le chevreuil reçut une bonne provende, et l'on fut se mettre à table sur le perron du château, devant le parc, où l'on mangea avec un appétit de chasseurs.

Parfois la chasse était simplement à tir et Barras se dirigeait avec nous vers la forêt d^ Sénart où nous chassions le lièvre, souvent même tout uniment le merle !

Ou bien encore nous faisions une poule aux oiseaux sur le perron de Grosbois. Chacun des tireurs, au nombre desquels était Tex-directeur, jetait dans un chapeau quatre pièces de cinq francs. Un garde qui se tenait près d'une cage contenant une centaine de pierrots, en lâchait un successivement et chacun des tireurs en ajustait un à son tour. Si i'oiseau tombait, celui qui l'avait tué prenait une des pièces de cinq

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