LES DÉPARTEMENTS DE LA BELGIQUE
mission pour les départementsde la Belgique. M. Maret ajouta qu'il m'attendrait le lendemain matin, me remettrait mes instructions signées de l'Empereur et qu'il allait me préparer mes passeports. Le lendemain, en effet, je recevais instructions et passeports.
Je fus vivement impressionné par la figure noble et douce de M. Maret qui respirait la bonté. Sa tendre bienveillance m'émut au point que le souvenir en est aussi présent à mon esprit qu'il y a quarante ans, et ma reconnaissance envers lui est restée aussi vive qu'elle l'était à cette époque.
Je me mis directement en route de Boulogne. J'avais vingt-quatre ans : on comprend donc bien que ma mission n'avait pas rapport aux grands intérêts de l'Etat, mais Bonaparte voulait former des hommes et tenait à les éprouver avant de leur accorder sa confiance. La mauvaise récolte qui se laissait pressentir partout donnait les plus vives inquiétudes à Bonaparte, particulièrement alors qu'il était sur le point de réaliser son projet de descente en Angleterre. Les moissons, pensait -on, avaient été détruites par une succession d'orages sur un grand nombre de points, notamment en Belgique que l'on avait coutume de regarder comme le grenier de la Hollande, de l'Allemagne et même de la France.
Ma mission était précisée dans les instructions suivantes écrites de la main même de l'Empereur :
« Boulogne, le 17 thermidor an XII.
« M. de Plancy se rendra dans les cantons les plus » abondants en bled des départements du Nord, de
» la Lys, de l'Escaut, des Deux-Nêthes et de Jem » mapes.
» Sa mission a pour objet de prendre des renseigne - » ments sur les apparences de la récolte, sur les dom- » mages qu'elle a éprouvés par les événements de la » saison et sur la proportion dans laquelle on prévoit » qu'elle sera, en plus ou en moins, avec les années » communes.
» Pour obtenir ces renseignements, il s'adressera » d'abord aux autorités constituées ; il cherchera en- » suite à connaître par lui-même et sans intermédiaire » l'opinion des riches propriétaires et des riches fer- » miers.
» Il fera les mêmes opérations pour les départements » de l'Aisne et de l'Oise en revenant à Paris,
» Il convient qu'il ne mette aucune sorte d'ostenta- » tion dans sa mission qui ne doit pas être publique- » ment connue, et qui produira des résultats d'autant » plus dignes de confiance qu'ils auront été donnés à » un simple voysgeur, sans autre objet que de voir » avec détails, pour son instruction, des pays dont » l'agriculture est justement célèbre.
Signé : Napoléon. »
Je ne manquai pas de faire appel à l'expérience et à la bienveillance de mon beau-père, dont l'appui pouvait m'être d'un grand secours en ces circonstances. Commencée le 8 thermidor an XII, ma mission était terminée le 10 fructidor suivant. J'avais effectué cent cinquante-cinq relais de poste et m'étais arrêté successivement àCalais, Dunkerque, Lille, Tournai, Mons,