‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 24 sur 85 · SOUS-PRÉFECTURE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

SOUS-PRÉFECTURE DE SOISSONS

» convenance. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en » sa sainte et digne garde.

» A Mayence, ce 5 vendémiaire an XIII. »

» Signé : Napoléon. »

D'autre part le ministre d'Etat par intérim adressait à l'architrésorier la lettre ci-dessous :

« Monseigneur, je m'empresse de faire passer à » Votre Altesse Sérénissime la nomination de M. de » Plancy à la sous-préfecture de Soissons. M. de » Plancy est à tous égards au-dessus de la place qu'il » va remplir, mais le talent sait agrandir toutes les » places, et le zèle saisit toutes les occasions de ser- » vir l'Etat.

» Je prie Votre Altesse de vouloir bien agréer l'hom-

» mage de mon respectueux et inviolable attache-

» ment.

» Signé : Portalis.

» Paris, le 17 vendémiaire an XIII. »

Peu après le secrétaire d'Etat m'écrivait :

« J'ai l'honneur de vous annoncer, monsieur, que » l'Empereur en vous nommant sous-préfet de Sois- » sons vous a conservé votre titre et votre traitement » d'auditeur.

» Agréez, monsieur, l'assurance de mes sentiments » très distingués.

» Signé : Hugues B. Maret.

» Saint-Gloud, le 2 brumaire an XIII. »

Le décret de l'Empereur^ daté du palais de Mayence

et du 9 vendémiaire an XIII, portait que j'étais nommé « en remplacement d'Octave de Ségur destiné à d'au- » très fonctions. »

En réalité la sous-préfecture de Soissons était devenue vacante par suite de la disparition romanesque de M. de Ségur. Les uns prétendaient qu'il avait enlevé une dame et s'était enfui avec elle, les autres qu'il s'était battu en duel, ceux-ci qu'il avait été assassiné, ceux-là qu'il était entré chez des religieux par désespoir d'amour. Quelques-uns supposaient que, sous l'influence de ce désespoir il s'était engagé dans un régiment sous un nom supposé.

Son signalement fut envoyé par toute la France ainsi qu'aux frontières, et tous les agents du Gouvernement reçurent l'ordre de faire les plus sérieuses recherches. Gomme je fus nommé quelques mois après préfet de la Doire, à deux cents lieues de Soissons, j'ignore quel fut le résultat de ces recherches. Je crois toutefois me rappeler que quelques années plus tard M. de Ségur fut reconnu servant en qualité de volontaire dans un régiment.

Mon beau-père voulut guider lui-même mes premiers pas dans ma sous-préfecture. Gomme je consultais devant lui la loi sur les préséances pour savoir les visites que j'aurais à faire aussi bien que celles que j^aurais à recevoir, devinant ma pensée et désirant me donner une leçon qui devait me profiter toute ma vie, il me prit le bras et me dit simplement : « Allons voir tout le monde. »

Tout en me recommandant de ne jamais être chatouilleux sur les questions d'étiquette, il me lit parcourir la ville et entrer partout où se trouvaient des

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