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ROUTES DU SAINT-BERNARD

long et très dangereux : j'appris que, lorsqu'il pleuvait seulement dans la plaine, il tombait tant de neige sur les hauts sommets qui en restent en tout temps couronnés, que les courriers de France ou d'Italie se voyaient obligés de séjourner parfois jusqu'à quinze jours en bas de la montagne, d'un côté ou de l'autre, pour attendre la fonte des neiges. Trois ans plus tard, ce chemin si difficile fut remplacé par une des plus belles routes de France, à jamais indestructible, car elle repose sur un sol de granit. La largeur en est plus grande que celle de nos plus belles routes, et elle a été prise sur des rochers à pic qu'on a dû entailler à coups de mine; de distance en distance, de petits aqueducs, construits sous sa surface, laissent passage aux eaux qui s'écoulent de la fonte continuelle des neiges, en sorte que, par ce moyen autant que par sa pente naturelle, elle demeure toujours sèche.

Cependant, cette pente est si douce que les voitures de toute sorte la parcourent presque sans qu'il soit besoin de précautions, et l'on ne peut mieux comparer aujourd'hui la montagne qu'à une pyramide dont le sommet serait relié à la base par une ligne formant des lacets à ^peine inclinés et se reliant entre eux par des courbes d'une agréable sinuosité. Les parapets des aqueducs sont disposés avec élégance et offrent, aux voyageurs fatigués par la montée, autant de bancs de pierre qui l'invitent au repos et à la contemplation d'un majestueux paysage.

Ce fut pendant le temps de mon administration que le gouvernement décida et entreprit les travaux de construction des routes qui franchissent le Grand

et le Petit-Saint-Bernard. Depuis plusieurs années les habitants du département de la Doire, et en particulier ceux de la vallée d'Aoste, aspiraient à l'ouverture de ces chemins, en vue de l'extension du commerce et des facilités qu'ils procureraient à l'exploitation des mines de divers minéraux précieux, mais le gouvernement, ayant estimé que la route du Grand-Saint-Bernard coûterait 3,600,000 francs, et celle du Petit-Saint-Bernard 1,500,000 francs, ne se décidait pas à autoriser une aussi grosse dépense au moment même où il venait d'entreprendre l'ouverture de la route du Simplon. Après m'être rendu dans la vallée d'Aoste, et m'être assuré que le conseil d'arrondissement, aussi bien que les habitants des communes qui la peuplent, plaçaient dans l'ouverture de ces routes l'espoir de leur fortune future, je leur suggérai de contribuer aux travaux à l'aide de corvées volontaires. Ma proposition fut accueillie avec empressement : chacun vint offrir le secours de ses bras ; les travailleurs affluèrent, les communes se partagèrent la tâche et celles qui n'apportèrent pas, pour des raisons particulières, leur concours en nature, demandèrent l'autorisation de s'imposer afin de contribuer financièrement à cette grande œuvre. Mettant à profit ces bonnes dispositions, je parcourus jusqu'à l'hospice du Grand-Saint-Bernard, en compagnie de l'Ingénieur en chef, le chemin à créer et je fus assez heureux, pour pouvoir, par la suite, présenter à l'Empereur un projet aux termes duquel les dépenses seraient réduites à 232,000 francs pour le Petit-Saint- Bernard et à 463,570 francs pour le Grand-Saint- Bernard, moyennant le secours de 50,000 corvées à

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