LE BRIGANDAGE EN PIÉMONT
d'Italie, s'était fait proclamer, partout où il portait ses pas, empereur de la plaine et roi de la montagne.
Les incursions de ce chef de bande jusque dans la vingt-septième division militaire, ses attaques hardies, parfois à découvert et toujours à main armée, finirent par inquiéter le gouvernement qui mit sa tête à prix. Dix mille francs étaient promis à celui qui le livrerait mort ou vif. L'appât d'une si forte récompense avait stimulé le zèle des agents de la force publique, qui s'ingéniaient, chacun de son côté, pour gagner les dix mille francs. Leurs efforts demeurèrent longtemps inutiles, car Mahino avait su inspirer une telle terreur dans tous les cantons qu'il parcourait, en même temps qu'une telle confiance et un tel intérêt, que personne n'osait ou ne voulait le livrer et qu'il se trouvait plus en sûreté, en quelque endroit qu'il visitât, que ceux qui le poursuivaient.
La haute police d'Alexandrie ayant un jour appris que le chef rôdait dans la montagne de la Boquette et qu'il lui arrivait de séjourner dans les environs de la ville, le fit surveiller de si près, qu'on parvint à découvrir la maison où il se retirait souvent et couchait parfois. Le chef de la gendarmerie commanda un fort détachement pour cerner la maison à la petite pointe du jour et la fouiller. Le détachemeni, arrivé à point nommé, enveloppa la maison de toutes parts : l'officier qui le commandait, suivi de quelques hommes , se précipita pour saisir sa proie et mettre la main sur les dix mille francs, mais il ne trouva que deux personnes qui malgré l'heure matinale prenaient déjà leur café dans une chambre. Mais, comme l'officier avait remarqué trois tasses sur la table, il demandait
à qui la troisième était destinée lorsqu'un coup de fusil retentit dans la plaine. Officier et gendarme regardèrent aussitôt par la fenêtre et aperçurent un homme étendu à terre vers qui courait un gendarme culotte bas. C'était un de leurs camarades qui atteint d'un mal d'entrailles, s'était détaché de la troupe pour céder à un besoin naturel. Il raconta que, pendant qu'il se trouvait dans cette position, il avait vu un homme se sauver à toutes jambes et avait cru devoir faire feu sur lui.
Une partie du détachement accourut près de la victime et Mahino fut vite reconnu par tous, tant l'appât des dix mille francs avait fait étudier son signalement et l'avait gravé dans toutes les mémoires. Deux des premiers arrivés voulurent le désarmer, mais Mahino eut encore la force de les frapper d'un coup de poignard de chaque main et de les étendre, tous deux morts à ses côtés. L'officier fit alors faire une décharge générale sur Mahino, et, ayant pu ainsi s'approcher de lui en toute sécurité, il détacha la croix de la Légion d'honneur que le chef avait prise à Saliceti, la demanda au gouvernement et l'obtint. Mais j'ignore comment se fit la répartition des dix mille francs et quelle part en reçut l'homme à la colique.
Le corps de Mahino fut transporté à Alexandrie, puis à Gênes, et exposé sur la place publique, afin que tous les habitants des environs pussent venir s'assurer par eux-mêmes de la mort de l'empereur de la plaine et du roi de la montagne.
Moins célèbre fut un autre chef de bande, nommé Michel Nigra, qui opérait sur l'Alexandrin en inême