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LE BRIGANDAGE EN PIÉMONT

temps que Mahino sur la l$oquette, et cumulait les métiers de contrebandier et de brigand, principalement dans les environs du villa(>e de Castellamont : celui-là la gendarmerie ne put réussir à l'arrêter.

Au mois d'octobre 1807, je fus instruit secrètement, par le gouverneur du Piémont, du passage prochain de l'Empereur qui se rendrait à Milan pour s'y faire couronner roi d'Italie et installer le prince Eugène comme vice-roi. Il paraît que l'Empereur ne voulait pas qu'on lui rendît des honneurs de crainte d'être retardé dans son voyage. Avisé bientôt après de l'arrivée de Napoléon à Chivas, je me rendis dans cette ville et j'y trouvai l'Empereur déjà installé à l'auberge où il soupait ; il était à table avec le prince Berthiar et mangeait des œufs sur le plat et des lamproies frites.

Dès qu'il m'aperçut il me dit : « Je vous ai envoyé » un secrétaire général un peu intrigant. » Je lui répondis que M. Giardini m'avait toujours paru un homme 'sage, dévoué à la France et à Sa Majesté.

« — Que désire votre département? » ajouta-t-il ensuite.

« — Sire, la route du Grand-Saint-Bernard, si la politique de Votre Majesté n'y voit pas d'obstacles. »

« — Mais », me répliqua l'Empereur, « il faudrait beaucoup d'argent pour une pareille entreprise. »

Je lui expliquai que les dispositions étaient telles que nous pourrions répartir la tâche par portions entre les communes et qu'une augmentation de prestations ferait le reste.

L'Empereur me dit alors assez vivement :

« Ce ne sera pas difficile si vous voulez forcer tout le monde à travailler. »

Froidem ent je répondis alors à l'Empereur :

« Sire, c'est tout le département qui me force à demander à Votre Majesté la route du Grand-Saint- Bernard. »

Il s'entretint ensuite avec le maire de Chivas, un ancien militaire qui avait servi sous le roi de Sardaigne et j'entendis que l'Empereur lui disait : « Il n'aurait donc pas passé le Niémen! » Le mair.e fit une réponse de courtisan , et l'Empereur, mis sans doute en bonne humeur par cette réponse, se tourna vers moi en me disant :

« Votre département demande la route du Grand- Saint'Bernard, eh bien ! adressez votre rapport au ministre de l'Intérieur! »

Il descendit ensuite de l'auberge et il en traversa la cour au milieu d'une foule immense de peuple qui criait : « Vive l'Empereur! »

Je tremblais pour sa sécurité et mes inquiétudes étaient d'autant plus justifiées que j'appris qu'un assassin l'avait suivi jusqu'à Milan et avait été arrêté dans le palais même de cette ville.

Mais alors l'étoile de l'Empereur brillait de tout son éclat 1

Le 26 avril 1808 le prince Borghèse m'annonça qu'il prenait possession du gouvernement général des départements au delà des Alpes. Je sollicitai aussitôt mon changement, et je fus désigné pour la préfecture de la Nièvre en sorte que le jour même où le prince m'avisait de son arrivée à Turin, je lui

MON DÉPART D'IVUÉE 77

écrivais pour le prévenir de mon départ pour la France.

J'avais senti que les Préfets des départements situés à deux cents lieues du siège du gouvernement allaient être en butte aux intrigues d'une petite cour à laquelle afflueraient tous les mécontents du pays, qu'ils seraient mis en cause sans pouvoir se défendre, qu'on leur imposerait peut-être des mesures qu'ils désapprouveraient ou des collaborateurs incapables qui nuiraient au pays sous leur nom, et que la perte de leur réputation d'administrateur, de leur considération même, ne feraient qu'accompagner la défaveur dans laquelle ils seraient exposés à tomber. J'avais fait valoir toutes ces raisons à mon beau-père, et c'est à son intervention que j'avais dii d'être rappelé. Je n'avais d'ailleurs pas refusé de faire partie de la cour de Paris pour accepter d'être de celle de Turin.

Comme l'Empereur après ses victoires, je fus, au moment de mon départ, couvert de fleurs par mes administrés et complimenté en des termes non moins emphatiques, même par les membres du clergé qui s'étaient montrés pendant mon séjour à Ivrée si hostiles à la France.

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