CHAPITRE IV
Préfecture de la Nièvre. — Organisation de la conscription. — les vélites de la garde. — Menaces de l'Angleterre. — Appel de la Garde Nationale. — Protection accordée aux ministres du culte et à l'exercice de la religion. — Fausses rumeurs politiques.
Nommé à la préfecture de la Nièvre par décret du 30 mai 1808, j'arrivai à Nevers le 8 juillet de la même année.
En temps ordinaire je considère les préfectures de rintérieur de la France comme autant de canonicats dans lesquels on vit sans difficultés, embarras ni dangers. Ce n'est pas que l'administration d'un département comme celui de la Nièvre fût dépourvue d'intérêt, mais, en s'inspirant pour la conduire des principes que je m'étais efforcé de mettre en pratique dans le département de la Doire, il devait être aisé d'acquérir le renom de bon administrateur.
Si je fis en sorte de mériter cette réputation, je n'eus pas d'autre part à faire provision de souvenirs vraiment dignes d'être relatés ici.
Au cours de l'année 1809, l'Empereur avait récompensé mes services par mon élévation au titre de comte de l'Empire, avec érection en majorât de ma terre de Plancy, et mes administrés ajoutèrent un prix particulier à cette faveur par les termes flatteurs dans lesquels ils m'en félicitèrent.
Un de mes premiers soins fut de faire rejoindre l'armée par nombre de conscrits retardataires, réfrac taires ou déserteurs qui peuplaient le département. J'y parvins en édictant des peines sévères contre les parents de ces jeunes gens, ainsi que les cultivateurs, manufacturiers, entrepreneurs de travaux et toutes autres personnes qui les employaient ou leur donnaient asile. J'eus aussi à faire disparaître les abus de tout genre dont la conscription même était entachée. Certes, la France, pour en imposer à ses ennemis, était obligée de faire appela un très grand nombre de ses enfants, et comme il en était résulté une lassitude du service militaire qui se manifestait par la fuite ou la désertion, il devenait nécessaire de rappeler aux jeunes gens le devoir sacré qui leur incombait. Il me fallut écrire à un certain nombre de maires que j'étais décidé à envoyer une force armée chez leurs administrés, et les prévenir que si quelques-uns de leurs conscrits désignés pour les levées complémentaires difleraient de se rendre au cheflieu du département, je prolongerais le séjour de la force armée dans leurs communes et j'augmenterais même le nombre des militaires que j'avais l'inten-