‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 35 sur 85 · PRÉFECTURE DE LA NIÈVRE · texte numérisé non relu

PRÉFECTURE DE LA NIÈVRE

tion d'envoyer en garnison aux frais des habitants.

Un sénatus-consulte du 10 septembre 1808 avait mis à la disposition du gouvernement 80,000 conscrits prélevés sur les classes de 1807, 1808 et 1809 : deux jours à peine s'étaient écoulés qu'un décret impérial les appelait à l'activité, à l'exception toutefois de ceux qui étaient mariés avant la promulgation du sénatus-consulte : sur cette levée, le département de la Nièvre avait ilD hommes à fournir.

Une nouvelle levée extraordinaire de 80,000 hommes, à prendre sur la classe de 1810, était prévue par le même sénatus-consulte, et, à la date du 7 janvier 1809, l'Empereur appelait ces conscrits à l'activité : c'était encore 481 hommes que devait donner le département de la Nièvre. Le o octobre 1809, un nouveau séucitus-consulte mettait à la disposition du gouvernement 36,000 conscrits à lever sur les classes de 180G, 1807, 1808, 1809 et 1810, et l'enrôlement de ces conscrits était aussitôt ordonné : le contingent afférent au département de la Nièvre montait cette fois à 274 hommes-

Puis l'ordre venait de porter au complet la compagnie de réserve de la Nièvre en formant le nombre des soldats manquants à l'aide de l'enrôlement de tous les conscrits des années 1806 à 1810 et de ceux des années antérieures qui n'avaient pas été appelés jusqu'alors à l'activité. Les conscrits, en 1811, ayant atteint l'âge de 18 ans étaient admis également à servir dans la compagnie de réserve.

Quant aux conscrits réformés pour infirmités ou autres causes légales, ils devaient, eux et leurs père et mère, payer à l'Etat une indemnité proportionnelle

au taux de leur imposition, cette somme pouvant être, en cas de la non- production en temps utile de leurs avertissements de contribution, fixée d'office au chiffre maximum de 12,000 francs.

L'Empereur faisait en outre compléter les escadrons des vélites de sa garde en y adjoignant les conscrits non désignés de la classe de l'an XIII et des classes postérieures et jusqu'aux jeunes gens appelés par leur âge à faire partie de la classe de 1810, pourvu qu'ils eussent la taille de 5 pieds 4 pouces (i'^J33) et qu'ils jouissent par eux-mêmes ou par leurs parents d'un revenu annuel assuré de 300 francs, lequel serait payable, de trois mois en trois mois et d'avance, à la caisse du corps.

Enfin, pour faciliter à tous ses sujets d'être représentés dans sa garde, l'Empereur avait autorisé quatre jeunes gens du département de la Nièvre à entrer de suite, par la voie de l'enrôlement volontaire, dans ses régiments de fusiliers. Il leur fallait toutefois avoir la taille d'au moins 5 pieds 3 pouces ({""jTOO) et être d'une intelligence suffisante pour pouvoir devenir sous-officiers : ils devaient être choisis parmi les jeunes gens de 16 à 30 ans pour être ensuite envoyés à l'Ecole militaire de Paris.

De plus, l'ordre fut donné aux maires de dresser un tableau de tous les enfants trouvés de sexe masculin existant dans leur commune et ayant une bonne constitution, l'Empereur se proposant de les faire élever pour le service militaire.

Bientôt vint un moment où la conscription ne fut plus suffisante pour assurer la sécurité de la France : il fallut recourir à la garde nationale sédentaire. Sur

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l'ordre du gouveriieineiit j'adressai, le 29 août 1809, un ardent appel aux maires de la Nièvre.

« Messieurs, une expédition anglaise menace nos » frontières depuis Boulogne jusqu'à l'Escaut ; et, de » tous les points de cette côte, on voit flotter sur l'O- » céan les vaisseaux de notre éternel ennemi. L'éloi- » gnement des troupes victorieuses commandées par » Sa iMajesté, le désir de retarder le moment de la paix » continentale, la haine que nous porte le cabinet de » Londres, l'ont aveuglé sur les suites de son entre- » prise. Elle tournera à sa honte : ses homicides projets » n'auront servi qu'à augmenter la gloire de la France » et à faire connaître la force de la grande nation.

» Déjà, au premier avis de l'apparition des flottes » britanniques, les habitants des départements limi- » trophes se sont levés pour la défense commune. » Une généreuse ardeur a animé tous les citoyens : » chacun d'eux s'est disputé l'honneur de marcher » le premier au secours de la patrie menacée, et » maintenant, une armée de gardes nationaux présente » partout, aux farouches insulaires qui croyaient nous » surprendre, une barrière de fer où ils trouveront la » mort s'ils osent tenter de la franchir.

» La loi a confié à la garde nationale le soin de » conserver l'intégrité de notre territoire : elle a » compté sur son courage. Les citoyens sauront se » rendre dignes de ce choix honorable; c'est la patrie » qui les appelle. 11 n'y a parmi les Français qu'un » seul sentiment, celui du dévouement au héros qui » les gouverne, qu'un seul cri, celui de guerre au » gouvernement anglais. •

» La presque totalité des habitants des départements de la Dyle, de l'Escaut, de la Meuse-Inférieure, du Nord, du Pas-de-Calais, se sont rendus spontanément sur les points les plus menacés par l'ennemi et il a fallu modérer ce mouvement dans vingt autres départements, en déterminant pour chacun d'eux le contingent qu'il aura à fournir. » Les contingents de Seine-et-Oise, de la Seine, de la Marne, de la Haute-Marne, de la Seine-Inférieure, de la Somme et de l'Aisne sont déjà rendus à leur destination. Nos voisins, les gardes nationaux du département de l'Yonne, s'organisent en ce moment ; sous peu de jours ils suivront ceux qui les ont devancés dans la carrière de l'honneur. Nos concitoyens ne seront pas les derniers à imiter un si bel exemple. L'Empereur a les yeux fixés sur eux : il a vu leurs enfants combattre sous ses aigles ; il attend le même courage de leurs pères. Les premiers ont conquis la moitié de l'Europe coalisée ; les seconds vont défendre leurs foyers, leurs familles ; la gloire des uns et des autres passera à la postérité.

« D'après les instructions que j'ai reçues, douze cents gardes nationaux de la Nièvre sont mis à la disposition de S. Exe. le Ministre de la Guerre. Les circonstances exigent que ces hommes soient prêts au premier signal et|cette mesure fait l'objet de l'arrêté que j'ai l'honneur de vous adresser. J'en confie la stricte exécution à chacun de vous, et je suis convaincu d'avance que le zèle des citoyens égalera le vôtre.

» Vous vous en occuperez chacun en ce qui vous

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» concerne, exclusivement à toute autre affaire : une » minute seulement de retard serait une négligence » impardonnable.

» Mon arrêté donne à MM. les maires une grande » latitude pour leur travail. Je connais assez les » excellents principes dont ils sont animés pour être » persuadé qu'ils justifieront cette marque de con- » fiance par leur activité.

» Dans le cas où les enrôlements volontaires ne » compléteraient pas le contingent de leurs commu- » nés respectives, ils voudront bien observer de ne » désigner, pour faire partie du contingent, que des » hommes valides, pris parmi ceux qui pourront être » éloignés momentanément de leurs foyers, sans » compromettre l'existence de leurs familles.

» Ils feront connaître aux officiers, sous-officiers et » soldats en retraite, qu'ils jouiront dans leurs co- » liortes d'un avancement certain. Peu d'entre eux » refuseront sans doute de partager l'honneur de » vaincre le dernier de nos ennemis, s'il était assez » téméraire pour offrir ou pour accepter le combat.

» MM. les maires auront soin de placer en tête de » la liste qu'ils ont à me fournir, les noms de ceux » de leurs administrés qui se seront volontairement » enrôlés : j'en formerai un tableau particulier qui » sera mis sous les yeux de l'Empereur.

» Les dispositions de mon arrêté étant claires et » précises, je me persuade que MM. les maires n'au- » ront besoin d'aucune interprétation pour s'y con- » former et y faire conformer leurs administrés.

» Les lacunes, s'il s'en trouve, seront remplies par » le zèle de ces fonctionnaires.

» Recevez, messieurs, l'assurance de mes senti- » ments distingués.

Pour M. le Préfet absent.

Le Conseiller de Préfecture délégué.

BONVALLET.

Les émoluments donnés aux gardes nationaux, dès leur mise en route, étaient ceux des troupes de ligne : l'étape et le logement leur étaient dus, ainsi qu'une indemnité de huit centimes par jour en remplacement de l'habillement.

1(68 maires étaient autorisés à tirer sur la caisse des percepteurs, par voie d'emprunt sur les fonds disponibles appartenant aux communes, pour couvrir les frais de réparation des armes et des effets de petit équipement, et d'achat des objets de petit habillement, qui devaient comprendre un chapeau monté à la française, une paire de souliers garnis de clous, une paire de grandes guêtres en toile grise de très bonne qualité.

On comptait que les citoyens suffisamment fortunés feraient eux-mêmes les frais de l'uniforme dont la composition était :

L'habit bleu national, avec doublure blanche, passepoil écarlate, parements et collet écartâtes avec passepoil blanc, revers blancs avec passepoil écarlate, manches ouvertes à trois petits boutons, poches en dehors à trois pointes et à trois boutons, avec passepoil écarlate, le fleuron du retroussis écarlate ; veste et culotte blanche ; le bouton blanc avec une couronne d'olivier et de chêne, et au milieu, ces mots : Garde nationale.

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