GARDE NATIONALE
Les événements vinrent heureusement calmer les alarmes qui avaient motivé ces mesures extrêmes et, le 18 octobre 1809, je pus adresser aux maires la circulaire suivante :
(( Messieurs, lorsque la flotte anglaise a paru sur » nos côtes, le gouvernement a fait un appel aux » citoyens des départements les plus rapprochés des » points menacés, et bientôt de nombreuses cohortes » de gardes nationales ont bordé les rives de l'Escaut.
» Une sage prévoyance avait préparé dans les au- » très départements de l'intérieur de nouveaux moyens » de défense. Partout on était prêt à marcher contre » l'ennemi du continent : on n'attendait plus que le » signal du départ. Les circonstances ont changé : » l'Anglais s'est éloigné avec la honte de n'avoir pu » réaliser ses projets, et maintenant nos frontières » maritimes sont à l'abri de toute invasion.
» Le contingent que votre département devait four- » nir pour les côtes ne sera donc pas mis en activité. » Je viens d'en recevoir Tavis officiel des Ministres » de Sa Majesté et je m'empresse, messieurs, de vous » le communiquer.
» Je sais que vous n'avez pas tous opéré de la même » manière et que plusieurs d'entre vous se sont écar- » tés de la marche que j'avais prescrite, celle de la » désignation, mais j'ai reconnu que le plus grand » nombre des maires a suivi ponctuellement les dis- » positions de mon arrêté du 29 août, et je paye ici à » ces derniers un tribut d'éloges de plus^ puisque » leurs travaux auraient donné des résultats plus » prompts et mieux combinés. Néanmoins, comme il
m'est prouvé que MM. les maires, dans les différents modes qu'ils ont adoptés, avaient le désir d'atteindre le même but, je me plais en leur donnant connaissance des éloges que les ministres de Sa Majesté me chargent de leur adresser, à y joindre les miens sur le dévouement et l'empressement qu'ils ont mis à exécuter mes ordres et à remplir les cadres du contingent demandé.
» Vous voudrez bien observer, messieurs, que la cessation des mesures relatives au contingent actif, ne doit pas ralentir l'exécution de celles prescrites par mon arrêté du 18 septembre sur la réorganisation de la garde nationale sédentaire. Je recommande au contraire très expressément à MM. les Maires qui sont en retard pour l'envoi de leurs listes de présentation d'officiers et de sous-officiers, de ne pas suspendre plus longtemps la confection de ces listes que MM. les Sous-Préfets me feront passer au fur et à mesure qu'elles leur parviendront. » Recevez, messieurs, l'assurance de mes sentiments distingués ».
Si, par le fait d'une guerre incessante, les départements agricoles ou industriels de la France étaient peu à peu privés du secours des bras de toute la jeunesse valide, ils se repeuplaient bientôt d'une masse de prisonniers, autrichiens d'abord, espagnols ensuite. Pour venir en aide aux propriétaires, autant que pour soulager l'Etat du fardeau de l'entretien d'une pareille quantité de captifs, le gouvernement autorisa ces derniers à travailler chez les particuliers^ moyennant un salaire de trente centimes par jour, en outre du loge-
ment et de la nourriture. Ils pouvaient ainsi se constituer, par leurs économies sur leur labeur, une masse qui les aiderait à vivre à leur rentrée dans leur patrie, Mais il me fallut user de rigueur pour empêcher que ces malheureux ne fussent victimes de la mauvaise foi de ceux qui les employaient et qui refusaient souvent de leur acquitter le salaire convenu. Ce procédé était d'autant plus injuste que beaucoup de ces prisonniers, les Espagnols en particulier, avaient témoigné d'un vif désir de se rendre utiles : or les Espagnols étaient au nombre de 400 dans le département de la Nièvre. Un certain nombre d'entre eux était atteint de maladies contagieuses dont la gale était la plus fréquente et ils recevaient les soins que l'humanité commande.
Par mesure de sûreté, ils devaient toujours être revêtus de leur uniforme et, lorsque celui-ci était usé, d'un vêtement de même coupe et de même couleur. Chaque dimanche, il en était fait, par les maires, un appel en présence des personnes qui les employaient : les noms de ceux qui manquaient à l'appel étaient immédiatement communiqués à la gendarmerie, et les propriétaires étaient tenus de prévenir les autorités aussitôt qu'une absence se produisait parmi les prisonniers mis à leur disposition. Ceux-ci devaient d'ailleurs être toujours porteurs d'une carte imprimée signée par l'officier de la gendarmerie de l'arrondissement et sur laquelle étaient inscrits leur nom, prénoms^ signalement, désignation du dépôt dont ils faisaient partie, de la commune qui leur était indiquée comme résidence, de la personne qui les employait.
Cette surveillance était d'autant plus nécessaire que plusieurs d'entre eux colportaient dans les départements où ils étaient internés des manifestes et des proclamations de l'Empereur d'Autriche.
Le 1^' janvier 1810, le duc de Feltre, ministre de la Guerre, donna l'ordre de renvoyer les prisonniers autrichiens dans leur patrie. Toutefois, l'Empereur manifesta le désir que ceux qui voudraient rester en France pour y exercer une profession trouvassent toute facilité, et qu'une large protection fût accordée par les autorités à ceux qui voudraient acquérir la qualité de citoyen français.
A l'occasion de son mariage avec l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche, Napoléon ordonna diverses mesures de munificence. Il décida notamment qu'une dot de six cents francs serait attribuée à un certain. nombre de jeunes filles qui se marieraient le 22 avril 1810 avec des militaires en retraite, ayant fait au moins une campagne : pour Paris, la dot était élevée à douze mille- francs. Le nombre des mariages à conclure ainsi devait monter à six mille pour toute la France. Le chiffre en fut fixé pour le département de la Nièvre à trente-huit dont un par canton et deux par chacune des villes de Clamecy. Cosne^ Donzy, La Charité et Nevers. Dans les villes les six cents francs devaient être en partie fournis par elles, en partie imputés sur les fonds alloués au budget pour fêtes publiques : dans les cantons ils étaient donnés par le domaine extraordinaire de Sa Majesté.
La désignation de ces mariages était laissée au choix des maires et elle devait se porter de préfé-