‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 4 sur 85 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

membre de l'Académie française en 1683; ses ancêtres l'ont -ils pris d'un village des Ardennes ou de la Meuse dont ils auraient été les seigneurs, comme l'écrit le baron Georges de Plancy dans son Histoire du Marquisat de Plancy, en tous cas, la fortune de la famille date du mariage d'un Claude, fils de ce Claude, maire de Langres, avec Claire Poisson, fille de Claude Poisson et de Anne Grillot de Rougemont et cousine au cinquième degré de madame la marquise de Pompadour, née Poisson.

Les Poisson étaient de Provenchères au diocèse de Langres et le grand -père de Claire Poisson avait été major de la bourgeoisie de Langres et secrétaire de l'Hôtel de Ville ; ses armes, d'Or au Loup de Gueules, avaient même été inscrites à l'Armoriai Général; mais ses descendants ne semblèrent pas en avoir gardé connaissance et en reçurent d'autres. Le père de Claire Poisson était receveur général du grenier à sel de Saint-Gengoux et le rapprochement entre les Godard, et les Poisson s'explique de soi par le voisinage. Toutefois, convient-il d'indiquer que, en 1747, lors du mariage de Claude Godard, la fortune de madame de Pompadour était décidée depuis deux ans; une telle union montre donc déjà les Godard en bonne posture, car on ne peut douter qu'ils ne marchassent de pair avec les Bouret dont était Bouret d'Etigny qui épousa Madeleine, la sœur de Claire Poisson.

Claude Godard d'Aucour avait débuté dans les vivres de l'armée, où il s'était vraisemblablement acquis

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la protection des Paris et, en même temps, dès 1742^ il avait débuté dans les lettres.

L'on sait de lui quantité de petits poèmes et de romans ; il eut des pièces jouées aux Italiens et aux Français ; mais surtout il fut l'auteur des Mémoires Turcs, parus en 1743, de V Académie Militaire et de Thémidore publiés en 1745. Ces trois livres lui méritent une place distinguée entre les jolis conteurs du xviii^ siècle. Il y a là quelque chose des Lettres Persanes, de Manon Lescaut, de Point de Lendemain. Cela est d'un tour tout neuf dans V Académie Militaire et, quelque jour, lorsqu'un éditeur bien avisé réimprimera ce dernier livre, on criera au chef-d'œuvre, comme on fit devant les Mémoires Turcs (Paris 1883) et devant Thémidore (Paris 1882). Peu d'ouvrages eurent et gardèrent un tel succès. On compta, de 1743 à 1823, près de vingt-cinq éditions des Mémoires Turcs et, de 1743 à 1797^ dix au moins de Thémidore. On n'en sait que cinq de V Académie Militaire, qui pourtant est sans analogue qu'on puisse trouver dans la littérature du xviii® siècle.

Godard d'Aucour était du monde, à n'en pas douter, et fréquentait au plus élégant. Il savait les histoires et les anecdotes, il connaissait les façons rares et les jolies politesses; il était galant, avec une pointe de licence qui ne messied point, mais d'un autre ton que Crébillon, d'un autre que La Morlière, d'un autre que Caylus et La Popelinière. Il est si peu TurC;, dans les Mémoires Turcs, que la grâce du déguisement semble de quelque Venise de Longhi. Rien des inventions à

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