‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 47 sur 85 · DISETTE DE · texte numérisé non relu

DISETTE DE

Comment en aurait-il pu être autrement avec des hommes tels que le ministre de l'Intérieur, M. de Montalivet, le ministre de la Police générale, duc de Rovigo, le ministre du Commerce, comte de Sussy? Si je voulais reproduire ici toutes les lettres remarquables qu'ils m'adressèrent en ces circonstances, je n'en finirais pas l

Lorsque la crise fut terminée et qu0 l'on commença à ressentir les effets de l'abondance que la nouvelle récolte faisait déjà pressentir, mon beaupère, qui avait été instruit de mes efforts, m'écrivit : « Mon ami, je suis content de vos succès, mais c'est » un tour de force qu'il ne faudrait pas renouveler. » Je ne pus alors mesurer sans terreur l'étendue de la responsabilité que j'avais assumée.

On sait dans quel état était l'armée, et dans quelle position se trouvait l'Empereur à son retour de Russie. Napoléon se rendit presque de suite à Fontainebleau et y tint un grand conseil: le ministre du Commerce, après lui avoir exposé ce qui s'était passé en France pendant qu'il était au loin, sous le rapport des subsistances, lui dit quelques mots de ma conduite en ces temps difficiles. L'Empereur me nomma dans la séance même préfet de Marseille. C'était le plus beau poste auquel je pusse prétendre à mon âge. Mais à quel moment cette faveur m'était-elle accordée ! au moment des sinistres événements de 1813.

En sortant du conseil, le ministre de l'Intérieur me dit : « L'horizon est bien sombre, je ne vous délivrerai pas encore l'expédition de votre nomination; à Melun, vous êtes près de Paris et de nous, nous verrons ce qui se passera. »

Cette précaution inspirée par l'amitié autant que par la prudence, devait me placer, sans que ni lui ni moi pussions nous y attendre, dans une situation bien autrement difficile que ('elle dont j'avais eu l'heureuse fortune de me tirer.

Mon récit m'a conduit maintenant à une époque fertile en grands événements. Le département de Seineet-Marne est la dernière étape à franchir pour arriver à Paris. C'est à Fontainebleau que l'Empereur signa son abdication : c'est à Fontainebleau qu'il s'arrêta lorsqu'il revint en 1815.

J'aurais pu sans doute, assis sur ma chaise curule, voir tranquillement se dérouler sous mes yeux ces événements de triste mémoire, mais le cri de la patrie en danger m'avait ému, et je me sentais pénétré de l'ardeur guerrière qui se manifestait autour de moi. Et puis, en Piémont, je m'étais familiarisé avec des dangers analogues à ceux qui m'attendaient: je comptais que ces derniers ne seraient pas au-dessus de mes forces.

Dès le retour à Paris de l'Empereur, après la campagne de Russie, des levées nouvelles d'hommes et de chevaux furent votées, mais, les ressources de la France étant épuisées^, il fallut la plus impérieuse nécessité pour arriver à tirer encore des départements une armée de trois cent mille hommes, et une quantité de chevaux suffisante pour monter encore une belle cavalerie et une belle artillerie.

Un sénatus-consulte du 3 avril 1813, aussitôt suivi d'un décret impérial du même jour, avait prescrit la formation de quatre régiments de Gardes d'honneur. Les hommes appelés à concourir pour l'admission dans

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