ABDICATION DE L'EMPEREUR
sure de fenêtre : il me demanda ce que je voulais. Je lui répondis que je cherchais le prince Berthier : il me montra une porte s'ouvrant sur un escalier de hois qui descendait au jardin, et en bas duquel je trouvai le prince qui se promenait seul.
Je lui dis qu'en arrivant à Fontainebleau, j'avais appris que les bivouacs avaient mis le feu sur un point de la foret où croissaient beaucoup de bruyères; que, le vent s'étant, élevé, l'incendie avait gagné les parties boisées de la forêt, et je le priai de mettre quelques compagnies à ma disposition pour m'aider à arrêter les progrès du feu.
Berthier paraissait hésiter, mais comme je lui fis observer que s'il me refusait, je me verrais obligé de faire sonner le tocsin pour appeler au secours, ce qui, dans les circonstances où nous nous trouvions, pouvait amener de graves inconvénients, il comprit la valeur de mon raisonnement et remonta dans le palais avec moi. Nous traversâmes ensemble la chambre où se trouvait l'Empereur, et je vis que celui-ci n'avait pas bougé delà position où je l'avais vu, lorsque j'étais entré dans cette pièce pour la première fois.
Le prince donna Tordre au premier aide de camp qu'il rencontra de mettre à ma disposition les hommes dont j'aurais besoin. Je leur fis former un cordon autour du feu et abattre avec leurs sabres une bonne largeur de bruyères, de façon qu'en très peu de temps nous fûmes maîtres de l'incendie.
Je n'avais plus rien à faire à Fontainebleau et je repris tristement le chemin de Melun. Il me semblait qu'un silence général régnait autour de moi et
je marchais comme dans un immense désert, sans compagnon dans le sein de qui je pusse m'épancher, sans ami à qui je pusse demander un conseil ou un appui. Mon âme, frappée de stupeur, laissait agir la partie physique de mon être sans plus la diriger, et ma pensée me paraissait comme engourdie par le sommeil. Je me faisais l'effet d'un insensé qui suit la route tracée devant lui sans savoir où il va.
Avant l'abdication, j'aurais pu tenter encore un effort, comme j'en avais tenté mille, mais, après que Napoléon s'était lui-même dépouillé de tout, quel rôle aurais -je pu jouer auprès de lui qui n'eût été ridicule? Je n'étais pas de son service, ni l'un de ses hauts fonctionnaires qui s'étaient partagé sa confiance et son amitié, comme le prince Berthier, le duc de Bassano, et d'autres ; je n'étais pas non plus militaire !
Je ne devais plus penser à Fontainebleau, encore moins v retourner!