‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 51 sur 85 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Capitulation de Paris. —Rapports avec le général Sacken, gouverneur de Paris. — Occupation de Melun. — Démêlés avec le général Kaisarow, gouverneur de Melun. — Organisation du gouvernement de Louis XVIII. — Correspondance avec le maréchal Pérignon. — Visites du duc de Berri dans le département de Seineet-Marne. — Une chasse du duc d'Angouléme. — Le comte d'Artois à Fontainebleau.

L'abdication de Napoléon marquait un point d'arrêt bien tranché dans la politique de la France.

Personne ne s'y serait attendu, même ceux qui, placés au centre du mouvement, secondaient de tout leur zèle les efforts faits par l'armée, l'Empereur et la France jpour repousser l'ennemi. Aussi Napoléon, si inopinément précipité du trône, écrasait-il dans sa chute bien des existences, laissant les autres étourdies sous le coup. Ce fut après l'événement comme un désert immense au milieu duquel gisait le cadavre impérial !

Napoléon ne jugea pas à propos de mettre en pratique les principes que Théodora avait, dans des temps plus anciens, exposés à l'Empereur Justinien lorsqu'il se préparait à fuir devant ses sujets révoltés :

« Quand il ne resterait d'autre expédient que la » fuite, je dédaignerais de fuir. Nous sommes tous » condamnés à la mort, mais ceux qui portent une » couronne ne doivent jamais survivre à la perte de » leur dignité ou de leur empire. Je prie le ciel qu'on » ne me voie pas un seul jour sans mon diadème et » sans la pourpre. Que la lumière du jour cesse pour » moi lorsqu'on cessera de me saluer du nom de reine. » César, si vous voulez prendre la faite, vous possé- » dez des trésors : voilà la mer et vous avez des vais- » seaux : mais craignez que l'amour de la vie ne vous » expose à un exil misérable et à une mort ignomi- » nieuse. Pour moi, j'adopte cette maxime de l'anti- » quité que le trône est un glorieux sépulcre ! »

On sait que la fermeté de ïhéodora rendit le courage à Justinien et à son conseil, et que les rebelles furent vaincus.

Rentré à Melun dans l'état d'esprit que j'ai décrit au chapitre précédent^ j'y trouvai l'ennemi voulant s'emparer de la partie de la ville qui nous restait encore, et cette insolente prétention me surexcita suffisamment pour me rappeler au sentiment de moimême et me donner le courage de lutter encore.

Dans la partie au pouvoir de l'ennemi se trouvait le général russe Kaisarow avec ses troupes : je gardais l'autre avec le général Chanez et quelques soldats, entre autres les grenadiers de la Garde impé-

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